Annexes : Le secteur de la vente de livre au détail en Australie, en France et en Écosse

Annexe 1
Le secteur de la vente de livre au détail en Australie

Comme nombre de grands marchés du monde, l'industrie australienne du livre est fortement consolidée. Sept grandes maisons d'édition se partagent la part majoritaire de ce marché. De ce nombre, six (Pearson, Random House, HarperCollins, Hachette Livre, Scholastic et Pan Macmillan) sont de grandes multinationales menant d'importantes activités d'édition et de distribution en Australie. La dernière, Allen & Unwin, est la plus grande maison d'édition de propriété australienne. De par ses revenus, elle se distingue des autres éditeurs australiens indépendants, qui sont de plus en plus nombreux. Les données sur les ventes de Nielsen BookScan indiquent que les dix plus importants éditeurs détiennent 70 p. 100 du marché australien1.

Le secteur de la vente de livres est également très concentré. En effet, les trois plus grandes chaînes de librairies du pays représentent 56 p. 100 des ventes de livres au détail.

Taille et composition du marché

Avec près de 21 millions d'habitants, l'Australie peut se vanter de posséder quelque 250 maisons d'édition établies et 1 600 points de vente au détail, pour des ventes totales de 80 millions de nouveaux livres par année. Dans sa plus récente étude statistique (2003-2004), l'Australian Bureau of Statistics (ABS) a évalué le marché australien intérieur à 1,4 milliard de dollars australiens (environ 1,3 milliard de dollars canadiens aux taux de change de 2004).

La figure 1 illustre la répartition des ventes intérieures par catégorie de livres.

 

Figure 1. Ventes de livres par catégorie en Australie, 2003–2004.
Figure 1. Ventes de livres par catégorie en Australie, 2003–2004.
Source : Australian Bureau of Statistics

Fait intéressant, la part de marché des livres d'intérêt général non romanesques a pris de l'importance au cours des dernières années, mais les ventes de livres de fiction ont subi une baisse appréciable depuis 2001.

En 2003-2004, 8 602 nouveaux titres ont été publiés en Australie, dont 4 610 manuels scolaires et 3 724 livres d'intérêt général. On estime à 120 000 le nombre d'ouvrages australiens imprimés en date de 2006.

Politique publique et importations de livres

La chaîne d'approvisionnement australienne est fortement intégrée à celles du Royaume-Uni et des États-Unis. Cette situation est vraisemblablement accentuée par la présence dominante des multinationales étrangères dans le secteur australien de l'édition. Dans l'ensemble, les titres australiens représentent 60 p. 100 du marché, contre 40 p. 100 pour les livres importés.

Tableau 1. Ventes de livres en Australie en 2003–2004 par lieu d'origine et par catégorie

LIEU D'ORIGINE DU TITRE

MANUELS SCOLAIRES (M$AUS)

INTÉRÊT GÉNÉRAL (M$AUS)

TOTAL (M$AUS)

Titres australiens

Produits d’Australie

333,3

447,4

780,6

Produits acquis outremer en vertu d’une entente distincte sur les droits

10,1

21,2

 

Total

343,3

468,5

811,9

Titres importés

186,2

355,1

541,3

Total

529,3

823,9

1 353,2

Source : Australian Bureau of Statistics

On apporte deux précisions importantes sur les données présentées ci-dessus :

  1. Sont inclus dans la part de marché de 60 p. 100 de titres australiens les livres publiés tant par des éditeurs australiens que par des maisons appartenant à des intérêts étrangers.
  2. Sont également inclus les titres publiés en collaboration avec un éditeur étranger et les titres acquis outremer en vertu d'une licence, puis adaptés, dans une certaine mesure, au marché australien.

Ces deux éléments orientent sans doute de façon importante la nature des titres australiens compte tenu de (1) la part de marché majoritaire détenue par des maisons d'édition étrangères et de (2) la participation de ces sociétés au secteur australien de l'édition scolaire. Cependant, on manque de statistiques pour préciser la répartition des titres produits en Australie selon ces catégories.

Les liens étroits unissant les grands acteurs du marché intérieur et la chaîne d'approvisionnement internationale (renforcés par les taux de change favorables entre le dollar australien et les devises anglaise et américaine) ont également incité les librairies australiennes à s'approvisionner à l'étranger.

La plus importante intervention politique du gouvernement australien dans le secteur du livre s'est traduite par l'encadrement de la pratique d'importation parallèle2. L'ère d'action politique australienne dans ce domaine a commencé en 1991, lorsque le gouvernement a modifié sa loi sur le droit d'auteur pour y introduire la règle des « 30 jours » et celle des « 7/90 jours ». Ces règles précisent les responsabilités du détenteur d'un droit d'auteur relativement à la disponibilité des titres dans le marché intérieur et aux normes de service à respecter dans l'exécution des commandes des librairies.

Sous ce régime, les éditeurs australiens détenant les droits territoriaux pour les nouvelles publications étrangères doivent publier ces titres en Australie dans le 30 jours suivant leur publication à l'étranger. L'éditeur qui ne se conforme pas à cette règle abandonne ses droits territoriaux et ses clients sont libres de se procurer le livre auprès de fournisseurs étrangers.

De même, la règle des 7/90 jours s'applique aux ouvrages étrangers déjà publiés et oblige le détenteur d'un droit d'auteur à (a) répondre dans les sept jours à une commande écrite visant un titre étranger et à (b) s'assurer que la commande peut être exécutée dans les 90 jours. Si ces conditions ne sont pas respectées, l'auteur de la commande est libre de se procurer le livre auprès de fournisseurs étrangers.

Les politiques dans ce domaine sont chaudement débattues. Ceux qui s'y opposent estiment que de telles restrictions gênent le fonctionnement efficace du marché en limitant le choix des consommateurs australiens et en maintient des prix artificiellement élevés. D'autres affirment au contraire que les limites imposées à l'importation parallèle sont très importantes pour protéger les éditeurs et les auteurs australiens contre la chaîne d'approvisionnement intégrée et les importantes économies d'échelle des grandes multinationales de l'édition et de la distribution.

Dans la pratique, ces restrictions permettent aux éditeurs australiens de protéger leur monopole territorial sur les nouveautés et les livres de fonds dont ils détiennent les droits d'auteur. Ils peuvent ainsi exporter leurs livres imprimés ou vendre les droits à l'étranger de titres australiens sans risquer indûment de devoir livrer bataille au pays contre les éditions importées de leurs propres livres.

L'ABS note que le prix moyen des livres varie au fil du temps, mais que les titres importés sont plus chers que les titres australiens.

Figure 2. Prix de vente moyen des titres australiens et des titres  importés.
Figure 2. Prix de vente moyen des titres australiens et des titres importés
Source : Australian Bureau of Statistics

Les effets du taux de change et du transport mis à part, la différence de prix entre les titres australiens et les titres importés semble au moins partiellement tirer sa source de la proportion relativement élevée d'éditions à couverture souple de titres australiens. En effet, en Australie, les détenteurs de droits semblent privilégier ce type de couverture pour la publication de leurs nouveautés étrangères, livres généralement dotés d'une couverture rigide pour une édition outremer. Des 3 724 nouveaux livres d'intérêt général publiés en Australie en 2003-2004, 3 133 (84 p. 100) avaient une couverture souple. Peu importe les autres facteurs pouvant influencer ces décisions, une édition australienne à couverture souple semble donner au détenteur du droit un avantage concurrentiel inhérent par rapport à une édition étrangère à couverture rigide.

En 2000, le gouvernement australien a tenté d'éliminer les restrictions imposées à l'importation parallèle, mais le Sénat australien a bloqué la décision et les règles des 30 et des 7/90 jours sont demeurées en place. Il demeure possible, par contre, que le gouvernement tente de nouveau d'atténuer ou d'éliminer ces restrictions.

Circuits de vente

L'Australian Bureau of Statistics a dénombré 1 572 entreprises pratiquant la vente de livres au détail. De ce nombre, 561 sont des librairies spécialisées (indépendantes ou appartenant à une chaîne), 991 sont des dépositaires (journaux, magazines, articles de papeterie) et 19 sont de grands magasins ou d'autres chaînes de vente au détail.

Figure 3. Aperçu des catégories de détaillants de livres
Figure 3. Aperçu des catégories de détaillants de livres
Source : Australian Bureau of Statistics

Soixante-dix-huit pour cent des ventes de livres en Australie (en valeur monétaire) sont attribuables aux 561 librairies spécialisées du pays. Les plus récentes enquêtes statistiques révèlent que les ventes d'unités se concentrent de plus en plus dans les librairies spécialisées, indiquant une certaine augmentation de la concurrence dans les prix au sein de cet important circuit de vente.

Le prix moyen des livres au détail varie beaucoup selon le type de détaillant. Dans l'enquête de 2003–2004 de l'ABS, le prix moyen par livre était de 21 dollars australiens dans les librairies, de 16 dollars australiens dans le circuit des dépositaires et de 13 dollars australiens dans la catégorie du marché de masse et des grands magasins, plus concurrentielle quant aux prix3.

Neilsen BookScan fournit des précisions additionnelles sur la part de marché de chaque important circuit commercial. Il est à noter que malgré leur nombre important, les dépositaires représentent un pourcentage relativement faible des ventes totales d'unités, soit environ 6 p. 100 en 2003–2004.

Figure 4. Part de marché des détaillants de livres australiens par  revenu, 2006.
Figure 4. Part de marché des détaillants de livres australiens par revenu, 2006.
Source : Nielsen BookScan

En raison de leur importante part de marché, les détaillants du marché de masse et les grands magasins sont compris dans les données de BookScan. Ces points de vente comprennent la chaîne de propriété australienne Big W (une division de Woolworth's Limited), Kmart Australia et Target Australia. Sur ce point, le magazine australien spécialisé Bookseller and Publisher note : « À la différence des supermarchés du Royaume-Uni, ceux de l'Australie ne se sont pas encore lancés de façon importante dans la vente de livres au détail. » [Traduction]

La part de marché des librairies indépendantes (23 p. 100) a augmenté modestement au cours des dernières années, notamment en raison de l'arrivée de Leading Edge, un groupe d'acheteurs innovateur au service des détaillants indépendants en Australie. Leading Edge compte près de 200 librairies indépendantes parmi ses membres et fournit du soutien aux achats et à la promotion aux détaillants indépendants de différents types de produits.

L'Australie compte trois grandes chaînes de librairies. Parmi elles, Angus & Robertson est le plus important détaillant de livres du pays. Propriété d'une société australienne de financement par capitaux propres, Pacific Equity Partners (PEP), la chaîne fait présentement l'objet d'une grande entreprise d'expansion qui ajoutera 45 magasins au cours de l'année courante, pour un total prévu de 215 points de vente d'ici la fin de 2007.

La deuxième plus importante chaîne, Dymocks, possède 84 points de vente en Australie, en Nouvelle-Zélande et à Hong Kong (70 en Australie). Dymocks utilise un modèle d'expansion par franchises, dans lequel certains magasins sont des propriétés collectives et d'autres sont exploités par des franchisés locaux.

Borders, de propriété américaine, est la troisième plus importante chaîne de librairies de l'Australie. Elle compte 20 grands magasins répartis dans les zones métropolitaines de tout le pays. En Australie, les librairies ne sont pas assujetties à des restrictions sur la propriété étrangère. Borders est le plus récent exploitant d'envergure à faire son entrée sur le marché australien. La société anglaise WH Smith occupait une importante place dans ce marché avec sa chaîne Angus and Robertson. Or, lorsque WH Smith a décidé de mettre un terme à ses activités en Australie en 2004, PEP a acheté cette chaîne, en rapatriant ainsi la propriété.

Depuis 2002, Borders a activement augmenté sa présence en Australie et en Nouvelle-Zélande, ce qui, aux dires de tous, a porté fruit. En 2006-2007, ses revenus étaient estimés à 195 millions de dollars australiens (environ 178 millions de dollars canadiens). Cependant, en mars 2007, le siège social a annoncé une réorganisation de ses activités, dans le cadre de laquelle il prévoit maintenant se départir de la plupart de ses magasins à l'étranger. Borders semble ainsi réagir, à l'instar de WH Smith, à certaines difficultés, et choisir de reporter son attention et ses ressources sur son marché initial.

En mai 2007, PEP était l'une des principales sociétés en lice pour l'acquisition des magasins Borders en Australie. La société aurait exprimé son intention de maintenir la marque Borders distincte de sa chaîne Angus & Robertson en Australie. On ne sait toujours pas, au moment de la rédaction, si PEP conclura la transaction et si, dans l'affirmative, elle achètera ou continuera d'exploiter tous les magasins Borders4.

Ces derniers événements illustrent l'une des principales répercussions de l'arrivée sur le marché et du départ d'un important acteur comme Borders, soit l'injection d'une importante part d'incertitude dans le marché de la vente au détail. Peu de données accessibles au public permettent de décrire ces effets, mais des rapports isolés révèlent les faits qui suivent.

  • La société Borders s'est montrée très agressive dans sa pénétration du marché et dans son expansion en Australie.
  • Nombre de magasins Borders ont ouvert leurs portes à proximité d'autres chaînes et de librairies indépendantes au sein de grands centres urbains. Borders a privilégié des magasins à grande surface, pouvant stocker chacun de 80 000 à 100 000 titres. Ces ouvertures ont eu pour résultat net d'augmenter spectaculairement la superficie en pieds carrés et les investissements en stocks de ces marchés locaux, entraînant d'importantes ventes de stocks à l'ouverture pour les éditeurs et les distributeurs australiens.
  • Un certain nombre de commerces environnants ont depuis fermé leurs portes, incapables de soutenir la concurrence des magasins Borders, vastes et bien publicisés. D'autres ont décidé de livrer concurrence sur le terrain du choix et des incitatifs à la consommation ou en trouvant une autre façon de se distinguer sur le marché.
  • Une fermeture partielle ou totale des magasins Borders entraînée par le départ de la compagnie pourrait avoir d'autres effets nuisibles sur ces marchés locaux et sur les tendances globales de vente.
  • À son arrivée sur le marché, Borders avait beaucoup de titres importés en stock, situation reflétant vraisemblablement des décisions et des connexions d'approvisionnement liées aux activités de la compagnie aux États-Unis. Cependant, il semblerait qu'au fil de son installation en Australie, Borders ait accru sa quantité de titres australiens en stock dans le but de mieux refléter les conditions et les préférences du marché local et ainsi augmenter ses ventes.
  • Actuellement, l'incertitude entourant les magasins Borders en Australie perturbe le marché en rendant les commandes incertaines et imprévisibles. En conséquence, il est plus difficile pour les fournisseurs de livres et les concurrents de Borders d'élaborer des plans de production et de marketing.

À partir de l'exemple de Borders en Australie, on peut conclure objectivement que l'arrivée d'un grand détaillant étranger au sein d'un marché national s'accompagne des effets décrits ci-dessous.

  1. Les concurrents vulnérables devront fermer leurs portes ou déménager les points de vente qui se trouvent près du nouvel arrivant riche en capitaux.
  2. D'autres librairies réagiront à la concurrence accrue en améliorant leurs produits et services ou en prenant d'autres mesures stratégiques (p. ex. : élargissement de la gamme de produits et services, spécialisation accrue).
  3. Il est possible que le détaillant étranger s'appuie sur des titres importés et des plans de stockage étrangers au début de son exploitation, puisqu'il s'ouvre graduellement aux conditions et aux titres locaux, surtout si, comme en Australie, il existe une demande concrète pour ces titres.
  4. Les éditeurs peuvent s'attendre à augmenter leurs ventes à l'arrivée d'un grand détaillant dans la mesure où ces nouveaux magasins requièrent d'importants stocks à l'ouverture et entraînent une augmentation nette des pieds carrés consacrés à la vente au détail.
  5. Les consommateurs peuvent bénéficier de l'accroissement du choix et des services offerts ainsi que de la concurrence sur les prix dans la mesure où (a) le nouvel arrivant apporte ces avantages et/ou (b) les autres détaillants introduisent de nouveaux produits ou services pour répondre à la concurrence accrue.
  6. À moins que la haute direction d'un détaillant étranger ne soit déterminée à demeurer dans un marché national à long terme, il y a un risque de perturbation du marché si le détaillant en question est obligé de réduire sa présence sur le marché, voire de se retirer complètement.

Annexe 2
Le secteur de la vente de livre au détail en France

Les industries culturelles, peut-être surtout l'écriture et l'édition, occupent une place particulière en France. Les secteurs de la production et de la distribution culturelles y sont depuis longtemps étroitement liés à l'identité, à la langue, à l'histoire et à la philosophie françaises, en un mot, à la protection et à la promotion de la culture française elle-même, et ce, tant sur le plan social que politique.

Par conséquent, la France est une ardente défenseuse des mesures de protection culturelle sur la scène internationale, surtout depuis les vingt dernières années. Au cours de cette période, ses politiques culturelles ont été scrutées de près, tant en Europe (dans le contexte des mesures politiques et réglementaires de l'Union européenne) que sur la scène internationale (dans le cadre de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce et des discussions de l'Organisation mondiale du commerce).

La France est sans doute la première nation à avoir introduit la notion d'« exception culturelle » dans ces négociations internationales sur le commerce et, de façon plus précise, à avoir contesté l'idée que la libéralisation du commerce devait s'appliquer aux produits et services culturels. Bien que soumis à la pression de la mondialisation et de l'intégration croissantes des économies mondiales, le concept d'exception culturelle a depuis été accepté par l'Union européenne et l'Organisation mondiale du commerce. Il continue donc d'avoir un effet important sur les industries culturelles françaises d'aujourd'hui.

La politique publique et la Loi lang

En France, le gouvernement national assume un rôle de premier plan dans le soutien aux arts. En effet, les budgets fédéraux pour les programmes culturels ont doublé depuis le début des années 1980. L'éventail d'activités visées par ces programmes s'est également élargi pour inclure, outre les beaux-arts et les arts de la scène, la musique populaire, la littérature et d'autres types d'expression culturelle.

L'orientation politique générale du gouvernement français vers la protection culturelle se reflète dans le secteur de la vente de livres au détail. La Loi Lang, qui limite rigoureusement les rabais sur le prix des nouveaux titres, en témoigne particulièrement. Adoptée en 1981 et nommée en l'honneur du ministre de la Culture de l'époque, cette loi autorise un rabais maximal de 5 p. 100 sur les livres. Ce genre de politique de fixation des prix vise à renforcer l'importance culturelle du livre en freinant sa banalisation ainsi qu'à appuyer la diversité des éditeurs et des détaillants. En pratique, il soulage les éditeurs d'une partie des pressions pour abaisser le prix des livres (les prix de catalogue sont souvent significativement plus élevés en France qu'ailleurs, notamment au Canada) et offre une certaine protection aux petits détaillants contre les pratiques de forte réduction des prix de leurs concurrents plus importants.

Nombre de personnes estiment que la Loi Lang favorise la santé du commerce national du livre en France, surtout devant la consolidation et l'expansion à grande échelle des plus grands éditeurs et détaillants. Or, les librairies françaises indépendantes font face aux mêmes défis que leurs homologues d'autres marchés du monde. La santé future du secteur est loin d'être garantie. En dépit des dispositions de la Loi Lang, la part de marché des librairies indépendantes en France n'est pas très différente de celle des autres petits détaillants dans de nombreux autres marchés.

Benoît Bougerol, président du Syndicat de la librairie française, a récemment émis les commentaires suivants : « Les grandes librairies indépendantes se font acheter et les petites arrivent à peine à joindre les deux bouts. Seuls les détaillants de taille moyenne arrivent à garder la tête hors de l'eau pour le moment [...] Les libraires indépendants souffrent de la stagnation du marché du livre et des marges de profit, des ventes croissantes dans les supermarchés et par Internet ainsi que de l'augmentation des loyers, des salaires et des frais de transport5. » [Traduction]

Taille et composition du marché

En 2003, les ventes totales de livres en France s'élevaient à 3,2 milliards d'euros (environ 5,21 milliards de dollars canadiens au taux de change de l'époque), ce qui représentait 48 p. 100 des ventes de tous les produits culturels6. Sur le plan des unités vendues, les livres comptaient pour les deux tiers des ventes de produits culturels en France7.

Comme le magazine Bookseller l'a indiqué en 2005, les livres se distinguent des autres produits culturels de deux façons importantes en France :

Dans tous les secteurs culturels, la demande se concentre de plus en plus sur les produits les plus populaires, mais moins dans le secteur du livre. En effet, les 20 livres les plus populaires ne comptaient que pour 2 p. 100 des ventes, contre 20 p. 100 dans le cas des 20 DVD les plus populaires [...] Les libraires spécialisés ont [également] maintenu une plus forte présence que les autres [détaillants spécialisés de musique ou d'autres produits]. En 2004, les supermarchés représentaient 23 p. 100 des ventes de livres, mais 42 p. 100 des ventes de logiciels récréatifs, 50 p. 100 des ventes de musique et 54 p. 100 des ventes de produits vidéo8. [Traduction]

Les ventes de livres en France ont augmenté de 18,47 p. 100 entre 1999 et 2003. L'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) note que la valeur des ventes a continué à augmenter légèrement à la fin de la période d'enquête, mais que le nombre d'unités vendues a légèrement baissé (par moins d'un pour cent) entre 2002 et 2003.

Tableau 1. Dépenses de consommation au chapitre des livres, 1999–2003 (millions d'euros)
 

1999

2000

2001

2002

2003

Ventes de livres

2 685,8

2 817,2

3 073,1

3 149,6

3 181,1

Différence (%)

-

+4,9

+9,1

+2,5

+1,0

Source : INSEE

Étant donné la légère baisse du nombre d'unités vendues, la croissance s'explique en partie par les effets inflationnistes naturels au sein du marché. Le tableau 2 illustre l'évolution du prix des livres comparativement aux taux nationaux d'inflation.

Tableau 2. Évolution du prix des livres et inflation générale des prix, France, 1999-2003
 

1999

2000

2001

2002

2003

Évolution du prix des livres

+0,8

0,0

+1,8

+1,0

+1,5

Évolution des prix à la consommation en général

+0,4

+1,5

+1,6

+1,9

+2,0

Source : INSEE

Comme ces valeurs l'indiquent, l'évolution du prix des livres n'a pas suivi l'inflation générale. En dépit de la protection consentie par la Loi Lang, les pressions croissantes incitant les détaillants de livres à se livrer concurrence sur les prix (ce qui augmente les pressions à la baisse sur les prix de catalogue) ont creusé l'écart entre l'augmentation du prix des livres et l'inflation générale des prix, surtout en 2002 et en 2003.

L'augmentation du volume global des ventes au cours de cette période semble être en grande partie attribuable à la popularité des titres pour enfants et des bandes dessinées. Comme l'indique la figure 1, la littérature demeure la catégorie de livres la plus vendue en France, suivie de près par les sciences (qui comprennent les sciences humaines).

Figure 1. Ventes de livres par catégorie en France, 2003.
Figure 1. Ventes de livres par catégorie en France, 2003.
Source : Syndicat national de l'édition

Le Syndicat national de l'édition (SNE), l'association des éditeurs français, présente les catégories ayant subi une importante croissance entre 2002 et 2003. Il signale une hausse sur douze mois de 15,6 p. 100 dans la catégorie des livres pour enfants et de 6,1 p. 100 dans celle des biographies et des actualités.

Circuits de vente

Le magazine spécialisé Libre Service Actualités (LSA) précise la répartition des ventes de livres en France entre les principaux circuits commerciaux.

Figure 2. Ventes de livres en France par circuit, 2004.
Figure 2. Ventes de livres en France par circuit, 2004.
Source : LSA

Comme dans de nombreux marchés, les chaînes de librairies sont en première position au chapitre des ventes de livres en France. Elles occupaient plus de la moitié du marché français du livre en 2004. Deux détaillants, Fnac et Hachette, dominaient cette catégorie.

Les librairies indépendantes ont subi la pression exercée par la présence sur le marché, les investissements technologiques et les programmes d'expansion des chaînes. Cependant, en partie à cause de la protection des prix assurée par la Loi Lang, elles sont demeurées un important circuit de vente dans le marché français avec 21 p. 100 des ventes totales.

Les détaillants du marché de masse et les supermarchés représentaient 23 p. 100 des ventes de livres en 2004, en grande partie à cause des grands hypermarchés français comme Carrefour9 et Géant ainsi que de Wal-Mart, un acteur international.

L'hypermarché français est analogue aux détaillants du marché de masse et aux magasins de type entrepôt de l'Amérique du Nord. Il combine les caractéristiques d'un supermarché et d'un grand magasin. Il offre une importante gamme de produits, utilise un modèle de vente à haut volume et à faibles marges bénéficiaire et a une superficie pouvant aller jusqu'à 210 000 pieds carrés. La plupart sont situés en banlieue ou en périphérie des villes.

Les hypermarchés représentent une importante portion de la part de marché de 23 p. 100 que détiennent les détaillants du marché de masse et des supermarchés. Par contre, leur part du marché national du livre est beaucoup moins importante que celle qu'ils détiennent pour d'autres types de produits culturels comme la musique ou les produits vidéo (part qui a atteint près de 37 p. 100 au total en 2004). Cette situation est largement attribuable à la concurrence intense sur les prix au sein de ce circuit de vente ainsi qu'aux limites imposées par la Loi Lang aux rabais spectaculaires sur les nouveautés à succès. Malgré tout, c'est sur ce type de livre que ce circuit tend à mettre l'accent, reflétant la concentration des ventes autour d'un nombre relativement petit de titres qui le caractérise souvent dans d'autres pays.

Les sites de vente en ligne et les clubs du livre ne sont pas explicitement mentionnés dans la figure 2, mais ils jouent un rôle important, notamment le site français d'Amazon (Amazon.fr) et le club du livre France-Loisirs du groupe Bertelsmann.

Concentration du marché

Comme il a déjà été mentionné, le marché français du livre est très concentré : deux grandes chaînes de détaillants de produits culturels, Fnac et Hachette, détiennent une part majoritaire de marché.

Fnac10 est un des principaux détaillants de produits culturels en France depuis plus de 50 ans. La société détient présentement plus de 50 p. 100 du marché français total pour les livres, la musique et les produits vidéo. La chaîne a été achetée par Pinault Printemps Redoute (PPR11) en 1994. Au cours des dernières années, elle a étendu ses activités à toute la France et à l'étranger. Fnac se vante d'offrir tous les livres publiés en France (près de 500 000 titres).

En plus du plus important site de commerce électronique du marché12, Fnac exploitait 69 points de vente en France en 2004, de même que 24 magasins Éveil & Jeux (détaillant spécialiste des livres pour enfants, des jouets et des jeux). Environ un tiers de ces magasins sont situés à Paris et en banlieue. Fnac a manifesté clairement son intention d'augmenter ses points de vente au cours des prochaines années et d'accroître sa part de marché au moyen de l'élargissement des services offerts aux consommateurs et de programmes de vente en ligne.

Hachette, sous le nom de Hachette Distribution Services (HDS), est le deuxième plus important détaillant de livres en France. Hachette est un compétiteur intégré verticalement dont les activités comprennent l'édition de livres (Hachette Livre) et de magazines (Hachette Filipacchi Presse) ainsi que la radiodiffusion et la télédiffusion (Lagardère Active). Ces divisions, en plus d'HDS, composent le Groupe Lagardère Média, une importante section du conglomérat français Lagardère.

Figure 3. Groupe Lagardère Média, y compris les points de vente  d'HDS.
Figure 3. Groupe Lagardère Média, y compris les points de vente d'HDS. Source : Mintel

En 2004, les magasins Relay et les autres points de vente en milieu de transport d'HDS représentaient plus de 1 000 commerces répartis partout dans le monde. HDS a fait l'acquisition de la chaîne Virgin Megastore en 2001 et en exploite des points de vente en France ainsi que dans des lieux de transport au Canada, aux États-Unis, en Asie et en Australie. Après avoir intégré sa chaîne Extrapole, plus petite, à la bannière Virgin, HDS a accru son réseau de points de vente Virgin en France pour atteindre 33 « megastores » multimédias en 2004. De plus, HDS exploite les magasins Furet du Nord, une chaîne régionale concentrée surtout dans l'est de la France.

Au cours des dernières années, nombre de grands détaillants français de biens culturels ont poursuivi activement leur expansion. Certains, dont Virgin Megastores, ont augmenté la part des livres dans leur gamme de produits en réaction à la diminution des ventes de CD de musique. Combinés, ces programmes d'expansion exercent une pression additionnelle sur le secteur des librairies françaises indépendantes. En effet, ces petits détaillants seront de plus en plus vus par les grands détaillants comme des achats possibles ou chassés du marché au fur et à mesure que leurs concurrents de grande envergure s'installeront dans les meilleurs lieux de vente du pays.

Comme l'indique le tableau suivant, le marché français est très consolidé dans le secteur de la vente au détail. En effet, les dix plus grands détaillants représentaient plus de 90 p. 100 des ventes en 2003.

Tableau 3. Part de marché des plus grands détaillants de produits culturels en France, 2003.

DÉTAILLANT

PART (%)

Fnac

54,0

Hachette Distribution Services

8,6

France-Loisirs

7,1

Amazon

5,9

Espace culturel

4,5

Cdiscount.com

3,6

Les Librairies Privat

2,5

Gibert Joseph/Univers du livre

2,5

Troc de l’Île

2,1

Starter

1,6

Total

92,4

Source : Mintel

Bien que très consolidé, le marché français des biens culturels est solide et les détaillants français en détiennent la part majoritaire.

Cependant, les politiques et les pratiques françaises autorisent la propriété étrangère dans la vente au détail des biens culturels et les compétiteurs étrangers y jouent un rôle important. Par exemple, Amazon, de propriété américaine, a lancé son site Amazon.fr en 2000 (et exploite une opération d'exécution des commandes à l'intérieur du pays)13. Autre exemple, le Bertelsmann Direct Group d'Allemagne exploite France-Loisirs, une marque qui englobe 206 points de vente et un club du livre de 4,1 millions de membres14. En 2003, Amazon et France-Loisirs détenaient à eux deux 13 p. 100 du marché français.

France-Loisirs/Bertelsmann Direct Group a augmenté sa présence sur le marché de façon importante au cours des dernières années. En 2004, plus de 15 p. 100 des ménages français étaient membres de France-Loisirs, dont les revenus avaient grimpés à 340 millions d'euros (530 millions de dollars canadiens). Le club a également fait l'acquisition, cette année-là, d'un autre club (GLM) et de Privat, à l'époque l'une des plus importantes chaînes de librairies indépendantes en France (avec 32 points de vente en 2004). France-Loisirs/Bertelsmann Direct a poursuivi son expansion en 2006 en achetant la chaîne française Alsatia et son réseau de 23 librairies situées dans diverses régions françaises (le gouvernement français a approuvé la transaction en mars 2006).

En résumé

Ces événements indiquent que le marché français présente de nombreuses tendances générales déjà observées dans le secteur de la vente de livres au détail dans d'autres marchés du monde : le marché est très concentré; les grands détaillants accroissent leur part de marché au moyen de programmes d'acquisition dynamiques; la part de marché des circuits de commerce électroniques et non traditionnels augmente.

Cependant, malgré ces similitudes avec d'autres marchés européens et étrangers, le marché français se distingue par la Loi Lang. Les mesures de protection des prix prévues par cette loi n'empêchent pas la manifestation des tendances déjà esquissées, mais semblent avoir un double effet. Premièrement, elles renforcent la position concurrentielle des libraires indépendants en limitant le pouvoir des circuits de vente qui misent sur l'impression de valeur (comme les hypermarchés) de livrer concurrence sur les prix. En deuxième lieu, elles freinent la banalisation du livre souvent associée aux rabais spectaculaires consentis dans les circuits de vente au détail de masse.

Annexe 3
Le secteur de la vente de livre au détail en Écosse

En Écosse, le secteur de la vente de livres au détail est fortement intégré au marché du livre plus général du Royaume-Uni, au point où il est, à certains égards, difficile de faire référence à l'un sans l'autre. Par conséquent, ce chapitre examine le commerce du livre dans le contexte du marché du Royaume-Uni 15.

Dans l'usage général, les termes Royaume-Uni, Grande-Bretagne et Angleterre sont souvent utilisés de manière interchangeable. D'un point de vue technique, toutefois, l'État en question — le Royaume-Uni (R.-U.) — est une monarchie constitutionnelle composée de quatre pays constituants : l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord.

On croit généralement que chacun d'entre eux a une nationalité distincte et que, jusqu'à un certain point, les habitants de chacun de ces pays peuvent se percevoir comme des Anglais, des Irlandais, des Gallois, des Écossais ou des Britanniques (ou une combinaison de certains de ces choix).

On a accordé la dévolution, ou la dévolution du régime du gouvernement, à l'Écosse en 1998. En vertu de ce système, le Parlement d'Écosse administre le pouvoir législatif et de taxation dans certains domaines précis (notamment l'éducation, la santé et la culture) et le gouvernement britannique conserve le pouvoir de réserve dans un certain nombre de domaines de préoccupation aux échelles nationale ou internationale plus larges.

Avec une base traditionnelle dans l'industrie lourde, l'Écosse est aujourd'hui un pays caractérisé par une économie ouverte et extrêmement développée qui est étroitement intégrée au reste du Royaume-Uni, de l'Europe et du monde en général.

La taille et la composition du marché du livre de l'Écosse

Les dépenses de consommation totales au chapitre des livres au R.-U. ont atteint 2,36 milliards de livres sterling en 2005 (5,19 milliards de dollars canadiens selon le taux de change de 2005), pour 306 millions d'unités vendues16. Ces dépenses représentent une augmentation de 20 p. 100 en valeur monétaire et une augmentation de 10 p. 100 en unités vendues de 2001 à 2005. Les prix moyens ont augmenté de seulement 1 p. 100 au cours de cette période, ce qui est nettement inférieur au taux d'inflation du R.-U. qui est d'environ 2 p. 100 par année.

Tableau 1. Marché du R.-U. par part de ventes facturées par secteur des éditeurs, en 2006

 

VALEUR

UNITÉS

Grand public

68 p. 100

87 p. 100

Universitaire et professionnelle

22 p. 100

7 p. 100

Scolaire et enseignement en anglais

10 p. 100

6 p. 100

Source : Association des éditeurs du R.-U.

La répartition des ventes totales des éditeurs du R.-U. figurant au tableau 1 est demeurée assez constante ces dernières années, tout comme la répartition des ventes par catégorie présentée ci-dessous.

Figure 1. Ventes des  livres par catégorie au R.-U., en 2006.
Figure 1. Ventes des livres par catégorie au R.-U., en 2006.
Source : Annuaire statistique de 2006 sur l'édition du livre au R.-U.

Le secteur de l'édition du R.-U. présente la même concentration des parts de marché qu'on peut observer dans de nombreux marchés mondiaux. Les quatre plus importants éditeurs — Hachette, Bertelsmann, Pearson et News Corporation — représentent plus de 50 p. 100 des ventes totales aux consommateurs. Ces joueurs importants ont activement accru leur part de marché ces dernières années grâce, en partie, à l'acquisition de plus petites maisons d'édition.

Les circuits des ventes

Au cours des dernières années, les conditions du marché ont été difficiles, tant pour les éditeurs que pour les détaillants au R.-U. Le marché britannique possède plusieurs des caractéristiques d'autres marchés mondiaux, notamment au chapitre de la consolidation et de la concentration des parts de marché, et de la concurrence accrue. Mais, le marché du R.U. a également été ébranlé par une progression prodigieuse de la part de marché des circuits des ventes offrant des rabais appréciables.

Les détaillants en ligne, particulièrement Amazon, et les chaînes de supermarché du pays (qu'on associe à des « grandes surfaces » ou à des « hypermarchés » dans d'autres marchés) ont réalisé des gains importants au chapitre des ventes ces dernières années, mais ces gains sont attribuables, en grande partie, aux rabais appréciables en vigueur sur les ouvrages de publication récente s'avérant des succès (des rabais de 50 p. 100 ou plus sur le prix de catalogue sont courants). Cette pratique de prix extrêmement réduits est reprise dans toute l'industrie britannique aujourd'hui et touche tant les conditions de vente des éditeurs et des détaillants que la sélection des stocks mis à la disposition des consommateurs dans les librairies de grand'rue (c.-à-d. les librairies spécialisées) du pays.

Alan Giles, un dirigeant du détaillant de livres et de musique HMV, a récemment déclaré dans le bulletin d'information appelé Publisher's Lunch que la constitution des stocks du magasin se trouve aux prises avec deux forces : l'expansion des ventes de livres en ligne au-delà du taux de 10 p. 100 de part de marché, que l'on estimait au départ être un plafond naturel, et la croissance inexorable des supermarchés comme Tesco. Les pressions de réductions de prix exercées par des concurrents comme Tesco ont entraîné une déflation importante [du prix des livres].

Lors d'une allocution dans le cadre d'une conférence sur la vente au détail, tenue à Londres, cette année, Gerry Johnson, directeur général de la chaîne britannique de librairies Waterstones, a déclaré que nous avons vu Internet faire en sorte de réduire la demande pour les grandes librairies. L'ouverture d'une librairie d'une superficie de 15 000 à 20 000 pieds carrés ne pourrait être envisageable, parce que même si le marché pouvait l'absorber maintenant, il ne pourrait le faire dans l'avenir.

Le profil du marché de 2007 de l'Association des éditeurs du R.-U. raconte comment le secteur du marché du livre britannique s'est transformé depuis 20 ans.

« L'établissement de la grande chaîne nationale, W.H. Smith, remonte à la fin du XIXe siècle mais, de façon générale, la vente de livres au détail était associée aux chaînes locales et aux librairies indépendantes privées. Cette situation était possible, en partie, grâce à la Net Book Agreement (N.B.A.), une entente commerciale qui permettait à l'éditeur de fixer le prix au détail de la plupart des ouvrages. Cette entente décourageait la concurrence dynamique dans la vente au détail. Depuis les années 1990, et à la suite de la rupture de la N.B.A., les marchés des commerces de gros et de détail sont devenus de plus en plus concurrentiels, avec des chaînes, comme Waterstones, W.H. Smiths et Borders, qui ont pris la part de marché des librairies indépendantes, mais qui ont également perdu certaines entreprises, dernièrement, particulièrement dans la catégorie des gros succès de vente, au profit des supermarchés.

Parallèment, les détaillants en ligne, comme Amazon, ont également connu un essor rapide, et les clubs de livres et les librairies de livres soldés et d'occasion ont perdu une part de marché en raison des rabais importants sur les prix pratiqués dans le marché des livres grand public. On a également assisté à une consolidation dans les secteurs de la vente en gros et de l'approvisionnement des librairies. » [Traduction]

La part de marché de la vente au détail (par volume des ventes) se répartit comme il est illustré dans les tableaux suivants.

Tableau 2. Part de marché par circuit de ventes, au R.-U., de 2004 à 2006

 

2004

2005

2006

Librairies

57,2 p. 100

56,1 p. 100

55,9 p. 100

Internet

8,7 p. 100

10,9 p. 100

12,2 p. 100

Supermarchés

5,5 p. 100

7,4 p. 100

7,8 p. 100

Autre

28,6 p. 100

25,6 p. 100

24,1 p. 100

Source : BML

Tableau 3. Changements dans la part de marché du R.-U. par circuit de ventes, de 2001 à 2005

CIRCUIT

% DES CHANGEMENTS DE 2001 À 2005

Chaînes de librairies

+18 p. 100

Librairies indépendantes

-16 p. 100

Supermarchés

+90 p. 100

Internet

+183 p. 100

Source : BML

On compte quatre chaînes nationales au R.-U. : WH Smith, Waterstones, Borders et Ottakars. WH Smith est une entreprise du R.-U., Waterstones et Ottakars appartiennent au détaillant multimédia HMV du R.-U. et Borders a son siège social aux États-Unis17.

Tableau 4. Part de marché et nombre de points de vente au R.-U. pour les chaînes de librairies du R.-U., en 2005

 

LIBRAIRIES

PART DE MARCHÉ

WH Smith

669

15,4 p. 100

Waterstones

200

14,5 p. 100

Ottakars

141

7,9 p. 100

Borders

72

3,5 p. 100

Source : Association des libraires du R.-U.; Times Online

Quatre autres chaînes nationales dominent le circuit des supermarchés au R.-U. — Tesco, Asda, Sainsbury's et Morrisons — qui exploitent chacune des grandes surfaces de 40 000 pieds carrés ou plus. Ces chaînes détenaient ensemble 74,3 p. 100 de la part du marché de l'alimentation au détail du R.-U. en 200518 et bénéficiaient apparemment de rabais pouvant aller de 60 à 65 p. 100 auprès des vendeurs-éditeurs en tirant profit du volume élevé de ventes pour une sélection relativement petite de livres.

En plus des pratiques très audacieuses de réduction des prix mentionnées précédemment — les gros rabais sur les prix de catalogue et les offres incitatives de « 3 pour 2 » — les libraires indépendants doivent relever des défis supplémentaires. Ces défis comprennent les dépenses accrues de marketing par les plus grosses chaînes concurrentes et les marges de profit réduites au moment où le commerce des livres à gros tirage en grande quantité se concentre de plus en plus à l'extérieur des librairies indépendantes et alors que les frais d'exploitation, particulièrement ceux touchant les locations commerciales, continuent d'augmenter.

La situation en Écosse

Comme les chaînes de librairies ont acquis une part plus importante du marché de l'Écosse, une attention particulière, tant dans l'industrie du livre que dans la collectivité des acheteurs de livres, a été portée à la sélection des ouvrages disponibles dans ces librairies, et plus particulièrement à la disponibilité des ouvrages d'auteurs écossais. À certains égards, la question de la disponibilité des ouvrages est difficile à mesurer, car les données sur les ventes en Écosse ne sont pas diffusées séparément de celles de l'ensemble du marché du R.U., ce qui fait en sorte qu'il n'y a guère de statistiques accessibles au public qui décrivent cet aspect du marché écossais. Une bonne partie du débat et de l'opinion au sujet de la disponibilité des titres semble reposer sur les expériences directes et les observations des éditeurs établis en Écosse et des groupes représentatifs de l'industrie.

En 2003, le magazine spécialisé britannique Bookseller faisait remarquer que l'éventail de titres disponibles dans les chaînes de librairies du R.-U. a manifestement diminué afin de faire plus de place aux livres à gros tirage dans les rayons. Parallèlement, l'intensification du marketing, l'augmentation des dépenses et les rabais importants sur les prix ont créé un environnement dans lequel les plus petits détaillants — qui sont souvent écossais — ont de la difficulté à soutenir la concurrence des plus grandes chaînes nationales. De plus, les éditeurs écossais témoignent des effets accrus du « contrôle de l'accès » (c.-à-d. moins d'accès aux principaux circuits commerciaux pour leurs livres) alors que la prise des décisions relatives aux achats et au marketing se prend de plus en plus à l'extérieur du pays, au bureau principal des plus grandes chaînes du R.-U.

Les deux problèmes de la concentration du marché et de la disponibilité des titres d'auteurs écossais ont été largement soulevés par les groupes artistiques et les associations commerciales du pays. Selon un rapport publié récemment par le Conseil des arts d'Écosse :

« La concurrence pour l'espace consacré à la vente au détail des livres produits en Écosse est vive : la force de l'industrie mondiale de l'édition de langue anglaise, au sein de laquelle une importante période de consolidation a entraîné la domination de quelques joueurs importants à l'échelle mondiale, pose tout un défi aux petites et moyennes maisons d'édition19. » [Traduction]

La diminution du nombre de grossistes et de détaillants de livres écossais ces dernières années, alors que des commerces ont fermé leurs portes ou ont été achetés, contribue à cette tendance. Par exemple, il n'y a plus de chaînes régionales appartenant à des intérêts locaux œuvrant en Écosse. La dernière de celles-ci, James Thin Booksellers, a été mise sous séquestre en 2002, et ses 12 librairies ont ensuite été acquises et renommées par la chaîne anglaise Blackwell's (et ensuite par Ottakars). Tout cela a mené à la perte du contrôle local dans le secteur de la vente de livres, au moment où de petites et moyennes entreprises écossaises ont été achetées par de plus grandes chaînes du R.-U., achats qui s'accompagnent d'un transfert de la prise des décisions à l'extérieur de l'Écosse.

Ce problème a été exacerbé par l'acquisition de la chaîne Ottakars par HMV, en 2006. Même si elle n'appartenait pas à des intérêts écossais, Ottakars était exploitée en Écosse suivant un modèle de gestion et d'achat décentralisé qui permettait au personnel de la librairie de faire lui-même la sélection des stocks et de prendre les décisions relatives à la promotion. Suivant l'acquisition d'Ottakars par HMV, et son intégration opérationnelle subséquente avec la chaîne Waterstones (qui appartient également à HMV), les décisions relatives aux achats et au marketing sont passées des points de vente de la chaîne Ottakars en Écosse au siège social d'Ottakars/Waterstones en Angleterre.

À l'époque, l'association des éditeurs écossais a parlé de cette fusion en ces termes :

« Nous croyons que cette fusion, qui n'offre aucune solution de rechange au modèle [centralisé] de Waterstones pour la sélection des stocks et les activités promotionnelles, portera sérieusement atteinte à la capacité des éditeurs écossais à offrir tout un éventail d'ouvrages pertinents aux consommateurs d'ici et limitera la possibilité de faire la promotion de nouveaux écrivains écossais, ce qui aura très certainement des conséquences désastreuses pour leur avancement professionnel. » [Traduction]

L'éditeur écossais Hugh Andrew, de Birlinn Limited, a exprimé son point de vue sur la centralisation des décisions dans le contexte du débat sur la chaîne Ottakars :

« Les chaînes centralisées ignorent le niveau de granularité de ce marché. Elles le considèrent comme un marché trop petit pour s'en soucier dans un modèle de décisions centralisées. WH Smith en est un parfait exemple : après avoir pris le contrôle de John Menzies, il n'a pas tardé à changer radicalement la politique très proécossaise de Menzies et a effectivement éliminé les intérêts culturels écossais de ses magasins. WH Smith revendique 20 p. 100 du marché de consommation des livres du R.-U.; pourtant, sa part de marché pour Birlinn Ltd est de 1,75 p. 100 en Écosse. Cette expérience est commune, à divers degrés, à tous les éditeurs écossais. » [Traduction]

La disponibilité des livres d'auteurs écossais dans les librairies écossaises est devenue un enjeu politique local, avec les parlementaires écossais qui exercent beaucoup de pressions auprès des grandes chaînes afin qu'elles accroissent les stocks d'ouvrages d'auteurs écossais. Le principal quotidien écossais, The Scotsman, rapportait, en 2006, que [des membres du Parlement écossais] s'en sont pris aujourd'hui à la politique d'achat centralisée de [WH Smith] qui, selon eux, fait en sorte que les décisions concernant les livres qui seront vendus en Écosse sont prises au siège social à Swindon. Le dirigeant de la chaîne responsable de l'Écosse a été exhorté à établir un code de conduite s'appliquant aux librairies afin de protéger les intérêts écossais20.

WH Smith, avec sa part de 20 p. 100 du marché de consommation de l'Écosse et son processus d'achat centralisé au siège social situé en Angleterre, a été la cible principale de ces critiques. La chaîne a donc pris des mesures pour mettre davantage en évidence les ouvrages d'auteurs écossais dans les librairies écossaises, mais le rendement de ses achats d'ouvrages d'auteurs écossais reste douteux. À ce moment-là, un membre du Parlement a fait valoir que le processus d'achat centralisé de WH Smith avait des conséquences désastreuses pour les écrivains écossais, l'industrie de l'édition écossaise et les acheteurs de livres de l'Écosse. Les auteurs écossais moins connus et les petites maisons d'édition écossaises ne retrouvent pas leurs ouvrages sur les tablettes, ce qui signifie que nos écrivains n'obtiennent pas leur part du gâteau, ce qui nuit à la culture écossaise, sans parler des dommages à l'économie écossaise.

Comme les librairies du pays n'appartiennent plus à des intérêts écossais, les représentants de l'industrie locale ont pris des mesures additionnelles afin de permettre une plus grande disponibilité des ouvrages d'auteurs écossais. Le lancement, en novembre 2005, de la plateforme de la vente au détail en ligne de l'association des éditeurs de l'Écosse, BooksfromScotland.com, a constitué une initiative d'envergure à cet égard. Les concepteurs du site BooksfromScotland.com le présentent comme suit :

« Les petites et moyennes maisons d'édition ont de la difficulté à faire connaître et à vendre adéquatement leurs livres dans les chaînes et autres grandes librairies… BooksfromScotland.com a été mis sur pied afin de résoudre certaines de ces difficultés, mais vise également à favoriser des ventes à l'exportation pour les éditeurs et à fournir un guichet unique virtuel et un site de renseignements sur les ouvrages d'auteurs écossais dignes d'intérêt… Le site mettra l'accent sur ce double rôle : servir de librairie en ligne et de vitrine aux ouvrages et aux écrivains écossais. » [Traduction]

Sommaire

La situation en Écosse constitue un exemple local précis de ce que sont à proprement parler les tendances mondiales vers la consolidation et la concentration du marché dans le secteur de la vente des livres au détail. Étant donné le contexte actuel du marché de la vente au détail en Écosse, BooksfromScotland.com n'est sans doute qu'une des nombreuses initiatives de ce genre que les éditeurs écossais mettront de l'avant pour tenter d'ouvrir de nouveaux circuits de vente de leurs ouvrages.

En résumé, les observations suivantes peuvent être faites sur l'histoire récente du marché écossais de la vente des livres au détail :

  • Une intensification de la concurrence et une croissance limitée du marché mondial contribuent à intensifier les opérations d'acquisitions. À moins de restrictions sous forme de politiques culturelles ou de décisions du Bureau de la concurrence ou en matière d'antitrust, les concurrents plus importants se tourneront naturellement vers l'acquisition de plus petits commerces afin de conquérir des parts de marché et de réaliser des gains d'efficacité opérationnelle et des économies d'échelle.
  • Les acquisitions peuvent perturber les processus de gestion décentralisés ou locaux — que le commerce acquis appartienne à des intérêts locaux ou non — en ayant pour effet général de déplacer les prises de décisions relatives à la gestion à l'extérieur de l'échelle locale.
  • Les grands commerces sont généralement enclins à la centralisation des décisions. Dans le secteur de la vente de livres au détail, cette approche a les conséquences les plus importantes à deux points de contact centraux entre l'auteur, l'éditeur et le lecteur. D'abord, les décisions de sélection (c.-à-d. les décisions liées aux achats ou aux stocks qui déterminent quels ouvrages sont offerts dans les points de vente au détail et en quelles quantités). Ensuite, les décisions touchant les promotions, à savoir les programmes et les politiques qui déterminent quels ouvrages pourront profiter de promotions additionnelles et de placements plus en vue en magasin.
  • La centralisation des décisions chez les grands détaillants favorise naturellement les sélections de stocks et les programmes de marketing qui peuvent être appliqués efficacement dans tous les points de vente de la chaîne, ce qui a pour effet de réduire la viabilité des ouvrages à faible volume dans de tels modes centralisés de décision — y compris des ouvrages culturels ou d'intérêt local — et de décourager les acheteurs centraux ou les spécialistes du marketing de faire une large place à ces ouvrages ayant un volume relativement faible dans leurs programmes.

Notes

1 Des 234 éditeurs recensés dans l'étude de 2003–2004 réalisée par l'Australian Bureau of Statistics, 36 comptaient 20 employés et plus et 198, 19 employés et moins. Les 36 plus grandes entreprises, qui comprennent des maisons d'édition appartenant à des intérêts étrangers actives en Australie, comptaient pour 90 p. 100 des ventes de livres de l'année.

2 L'importation parallèle se produit lorsqu'une partie importe des biens non piratés sur le marché intérieur qui ne sont pas assujettis à l'autorité du titulaire d'un droit d'auteur australien. Il s'agit essentiellement de l'équivalent australien du phénomène des « achats parallèles » au Canada, soit lorsque des librairies se procurent un livre auprès d'un éditeur ou d'un distributeur américain parce que leur commande ne peut être remplie efficacement au Canada ou parce qu'un fournisseur américain offre le produit à de meilleures conditions.

3 Au taux de change de 2003, ces prix équivalent respectivement à 19,32, à 14,72 et à 11,96 dollars canadiens.

4 Les autres acheteurs éventuels comprennent le groupe australien assurant la gestion des magasins Borders ainsi que la chaîne Dymocks.

5 Barbara Casassus, « France's indies face collapse », Bookseller, 17 novembre 2006.

6 Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).

7 Étude de marché de Gfk.

8 Barbara Casassus, « Books lead sales in France », Bookseller, 18 février 2005.

9 La chaîne française Carrefour est le deuxième plus grand hypermarché du monde après Wal-Mart.

10 Antérieurement la Fédération nationale d'achats pour cadres.

11 PPR est une société de portefeuille multinationale qui se spécialise dans les magasins de détail et les marques luxueuses.

12 ComScore a classé le site Web du Groupe PPR à la tête du marché français de la vente au détail en 2006.

13 En 2003, les ventes d'Amazon en France étaient estimées à 326 millions d'euros (508 millions de dollars canadiens).

14 Chiffres de 2004.

15 L'Écosse représente un point de comparaison intéressant avec le marché canadien, fonctionnant à proximité de l'Angleterre. L'Écosse partage des liens politiques, économiques et culturels forts avec son grand voisin, notamment une langue commune et une chaîne intégrée d'approvisionnement des livres.

16 La Booksellers Association (l'association des libraires).

17 Au début de 2007, Borders a fait part de son intention de vendre ses points de vente à l'étranger, y compris ses librairies de grande surface ainsi que la chaîne Books Etc, au R-U.

18 Superpanel de TNS

19 Review of publishing. Conseil des arts d'Écosse, 2004

20 Article de Ian Swanson intitulé « WH Smith under fire for failing to stock more Scottish writers », paru dans The Scotsman, le 6 novembre 2006.



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