Festival mondial de télévision de Banff de 2009

Banff (Alberta)
Le 7 juin 2009

À VÉRIFIER AU MOMENT DE L'ALLOCUTION

Mesdames et messieurs, distingués invités, bonjour.

Toutes mes félicitations en ce 30e anniversaire du Festival mondial de télévision de Banff.

Il s'agit du plus important festival au monde axé sur la création, la réalisation et la production d'émissions télévisées. Et que dire de l'endroit où il se tient! On pourrait difficilement faire mieux que Banff, en Alberta.

Cette détermination à mettre en valeur l'innovation et la vitalité des créateurs, des producteurs, des diffuseurs et des sociétés de communication du Canada est épatante.

Au cours de ma brève allocution de ce soir, j'aimerais faire deux choses : vous présenter ma perspective de l'industrie et des enjeux à venir; et vous présenter l'un des éléments centraux de notre politique, le Fonds des médias du Canada.

Commençons par l'industrie et son importance pour le Canada.

L'industrie canadienne de la production d'émissions télévisées et de la radiodiffusion emploie plus de 100 000 personnes directement et génère des revenus de près de 20 milliards de dollars par année. De plus, le secteur des médias numériques et interactifs vient y ajouter 50 000 emplois et 5 milliards de dollars de revenus.

En prenant l'ensemble du secteur culturel canadien, nous obtenons une contribution d'environ 46 milliards de dollars au PIB du Canada et près de 662 000 emplois directs pour les Canadiens.

Je mentionne ces chiffres pour une bonne raison : leur convergence. Pas une convergence à venir, mais bien une convergence réelle et accomplie. La nouvelle économie créative du Canada n'est plus à venir. Elle est la réalité d'aujourd'hui.

L'époque où la production canadienne pouvait être vue en compartiments distincts est révolue. Je sais que cette perspective inquiète certains d'entre vous et que des Canadiens s'inquiètent de l'avenir. Cette réaction, bien naturelle, était prévisible.

Mais je ne suis pas inquiet.

Non seulement je ne suis pas inquiet, j'entrevois l'avenir avec enthousiasme.

Je suis un optimiste; je l'ai toujours été et le serai toujours. Selon moi, il n'y a jamais eu de plus belle époque où vivre que la nôtre.

Jamais les consommateurs n'ont eu autant de choix. Jamais les producteurs n'ont eu autant de possibilités. Jamais nous n'avons eu autant de choix technologiques. Jamais nous n'avons eu un marché et un public aussi immenses pour nos émissions et nos créations. Et jamais nous n'avons eu une telle occasion de nous tourner vers l'avenir et d'écarter les préoccupations à court terme pour mieux voir ce nouveau monde à défricher.

Nous connaissons les chiffres et les analogies. Nous savons bien ce qui se passe.

En moyenne, les Canadiens regardent la télévision 26 heures par semaine. Les Canadiens de moins de 25 ans, quant à eux, la regardent 12 heures. MAIS, les adolescents consultent PLUS de contenu médiatique que jamais auparavant.

Le mois dernier, l'Université de Lethbridge a publié une étude selon laquelle 27 p. 100 des adolescents canadiens visitaient le site YouTube CHAQUE JOUR! J'ai bien dit 27 p. 100. Ce pourcentage augmente au fur et à mesure que des gens comme Susan Boyle, Paul Potts et Bo Yo Kid et les vidéos virales poussent les gens à se brancher à YouTube.

Quand j'étais jeune, je revenais de l'école à 15 h 30 pour jouer au hockey dans la rue jusqu'à l'heure du souper. Puis, en soirée, j'avais hâte de regarder The Cosby Show sur NBC, en famille. C'était l'heure de grande écoute et nous demeurions sagement assis durant les pauses publicitaires.

Ça semble bien anodin aujourd'hui, mais allez raconter ça à un ado de 13 ans et vous verrez à quel point cela lui semble bizarre. Les « heures de grande écoute » ne veulent plus rien dire pour les adolescents d'aujourd'hui.
En fait, les adolescents d'aujourd'hui téléchargent les émissions qu'ils souhaitent voir, en tout ou en partie, et ils les regardent quand bon leur semble, c'est à dire dans l'autobus, couchés sur leur lit, en classe, sur leur ordinateur portatif ou sur leur téléphone cellulaire.

Ils enregistrent une semaine complète d'émissions grâce à leur récepteur numérique personnel, comme je le fais lorsque je suis à Ottawa toute la semaine. Ils choisissent ensuite à quel moment s'installer confortablement pour regarder tout ça en quelques heures, en sautant les publicités et les passages ennuyeux.

C'est bien sûr une question de choix, mais surtout, c'est une question de qualité d'émissions.

Les jeunes n'ont aucune loyauté envers les réseaux, les stations de télévision ou les horaires de télévision.
Ils ne sont loyaux qu'à la qualité.
Si c'est bon, ils regardent l'émission.
Si c'est bon et pratique, ils continueront à la regarder.

Tout repose donc sur le sujet de l'émission et sur sa qualité, ainsi que sur sa disponibilité sur de multiples plates-formes.

Les films NE SONT PLUS réalisés uniquement aux fins de distribution dans les salles de cinéma. Si c'était le cas, ils seraient la plupart du temps déficitaires. Les films DOIVENT ÊTRE offerts en DVD pour être rentables. Maintenant, les films sont distribués à grande ou petite échelle dans les salles de cinéma AINSI QUE sur DVD, en diffusion à la carte, en ligne et sur iTunes.

L'industrie du cinéma a évolué en fonction des nouvelles technologies.

Soyons clairs : l'industrie de la télévision doit faire de même. Elle doit s'adapter. Ceux qui ne pourront s'adapter disparaîtront. Voilà tout.

Les téléspectateurs détiennent le pouvoir. Ils sont sophistiqués et scolarisés, et ils passent rapidement d'un fournisseur à l'autre quand ils n'obtiennent pas les émissions qu'ils veulent quand et où ils les veulent.

Si un producteur se lance sans avoir un plan détaillé pour maximiser ses possibilités de distribution, il court à l'échec.

Je sais que je vous semble presque brutal. Mais souvenez vous de ce que j'ai dit un peu plus tôt : les jeunes consomment PLUS de contenu que JAMAIS.

Partout vous voyez des gens avec des écouteurs de baladeurs à l'oreille.
Vous voyez des gens assis aux tables des cafés avec leur ordinateur portatif, branché en WiFi, en train de regarder The Daily Beast, Flashpoint ou YouTube.
Vous voyez des gens échanger des cartes mémoire remplies de vidéos.
Vous voyez des gens hésiter entre le blue ray ou le DVD.
Vous voyez tous les films et émissions offerts à la carte sur les xbox.
Vous voyez les gens écouter de la musique avec leur téléphone, regarder la télévision à leur ordinateur; utiliser leur téléviseur comme un ordinateur; regarder des films dans leur voiture; écouter la radio grâce à la câblodistribution et ainsi de suite.

On trouve de tout partout. Là et quand bon nous semble. Nous vivons réellement à une époque remarquable.

Nous avons une foule de choix devant nous. Je l'ai déjà dit, quelle belle époque où vivre!

À titre de ministre du Patrimoine canadien et d'amateur de nouvelles technologies, j'ai dû revoir quel était le rôle du gouvernement dans ce nouvel environnement.

Le gouvernement doit il continuer à faire comme autrefois? Non.

Le gouvernement doit-il influencer les consommateurs d'une quelconque façon? Non.

Le gouvernement doit il assumer le résultat des changements en cours? Non.

Je peux vous dire que si les politiciens s'étaient lancés sur cette voie, nous serions le seul pays à encore écouter des 8 pistes, des disques laser, des enregistrements sur bobines ou des DVD HD.
Quel est donc le rôle du gouvernement?

Voir au contenu.

Plus précisément, soutenir la production d'émissions canadiennes.

Ceci m'amène à mon deuxième sujet de ce soir : le Fonds des médias du Canada.

En fusionnant le Fonds de télévision du Canada et le Fonds des nouveaux médias du Canada, nous avons fait un grand pas pour soutenir une industrie réellement moderne et établie sur de multiples plates formes.

Nous avons renouvelé nos engagements financiers. En additionnant la contribution du secteur privé, nous obtenons un total de 310 millions de dollars. Ces fonds seront investis sur une période de deux ans. Ils iront à des projets qui exploitent les applications multiplateformes adaptées à l'ère numérique.

Le nouveau Fonds sera complètement opérationnel dès le 1er avril 2010.

Ainsi, nous aurons le temps de bien en définir les principes et les lignes directrices, en consultation avec les partenaires de l'industrie.

Ces consultations seront essentielles pour susciter les meilleures idées et assurer une transition sans heurt vers le Fonds des médias du Canada.

J'aimerais saisir cette occasion pour clarifier et expliquer certains éléments du Fonds des médias du Canada.

En matière de gouvernance, nous avons deux objectifs prioritaires.


Premièrement, comme vous le savez sans doute, nous avons pris des mesures afin d'établir un conseil d'administration entièrement indépendant pour le Fonds des médias du Canada, conformément aux recommandations de la Vérificatrice générale. Ce changement était à la fois nécessaire et important. De plus, il reflète la détermination de notre gouvernement à adopter une saine gouvernance et à rendre des comptes aux contribuables.

Le conseil d'administration supervisera la gestion du Fonds à l'échelle stratégique et devra rendre des comptes à l'égard des obligations contractées en vertu des ententes de contribution avec le gouvernement du Canada.

Les membres du conseil d'administration auront les connaissances et l'expérience nécessaires pour permettre au conseil d'assumer ses responsabilités et de s'acquitter de sa tâche de manière efficace.

Deuxièmement, le nouveau conseil d'administration établira un mécanisme de consultation officiel, permanent, significatif et ouvert à tous. La prochaine année sera particulièrement chargée. Au cours des prochains mois, le conseil d'administration mènera des consultations pour établir les principes directeurs du Fonds des médias du Canada et en assurer la mise en œuvre.

Nous annoncerons bientôt les nominations au conseil d'administration. Je peux d'ores et déjà vous dire que je suis convaincu que les membres du conseil d'administration et le personnel du Fonds auront les compétences requises pour diriger et gérer les consultations. Ils le feront de manière à ce que le Fonds des médias du Canada soit administré et exploité selon de bons principes, des principes qui assureront à la fois la transparence et la reddition de comptes.

Notre gouvernement reconnaît l'importance du contenu canadien et croit au talent de ceux qui le créent et le produisent.

La satisfaction du public et l'innovation revêtent une grande importance dans un monde où les médias numériques interactifs changent le visage des communications.

Pour atteindre les objectifs dont je vous ai parlé, ceux qui soumettront une demande de financement devront démontrer comment leurs projets touchent au moins deux plates formes de diffusion, dont la télévision (par exemple des émissions de télévision, des jeux interactifs créés pour ces émissions, des webisodes et des fichiers balados).

Nous voulons aussi favoriser la création d'applications et d'émissions à la fine pointe de la technologie pour que l'innovation revienne au cœur des émissions à grande diffusion. Voilà pourquoi le Fonds des médias du Canada financera, cas par cas, les projets d'émissions et d'applications expérimentales et interactives créées expressément pour Internet ainsi que les appareils et les plates formes sans fil ou émergents.

En annonçant l'établissement du Fonds des médias du Canada, notre gouvernement a réaffirmé l'importance des émissions, dont les dramatiques, les comédies, les documentaires ainsi que les émissions jeunesse, de variété ou consacrées aux arts de la scène, et ce, parce que c'est le genre d'émissions canadiennes que souhaitent écouter les Canadiens.

Le Fonds des médias du Canada appuiera la créativité des Canadiens, y compris les auteurs, les réalisateurs et les comédiens. Nous allons appuyer les productions dans les deux langues officielles. Des fonds seront réservés pour des émissions produites par les Autochtones ou les francophones vivant en situation minoritaire. Nous allons aussi soutenir les émissions dans une langue autre que le français ou l'anglais, là où il y a une demande et du financement.

En conclusion, j'aimerais revenir sur ce que j'ai dit pour commencer.

Nous vivons à une époque formidable. Je sais que ce n'est pas toujours évident. Je sais aussi que l'industrie fait face à des difficultés.

Mais je suis tout à fait convaincu, sans l'ombre d'un doute, que le Canada sera un chef de file des productions de qualité.

Le Canada sera aussi un chef de file mondial parce que nous saurons voir et saisir les occasions sans précédent que nous offrent les nouvelles technologies, la multiplication des choix et une industrie axée sur le contenu.

Je vous remercie de votre attention. Mes meilleurs vœux de succès vous accompagnent.