Chapitre 6 – La migration interprovinciale

Les migrants anglophones
Les migrants francophones
Les migrants de tierce langue maternelle
Vue d’ensemble

La migration interprovinciale est un facteur ayant une influence importante sur l’évolution des groupes linguistiques au Canada, particulièrement en ce qui concerne les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Depuis 1971, les données du recensement permettent d’identifier la province ou le territoire de résidence cinq ans auparavant pour les résidents du Canada âgés de cinq ans ou plus. Ainsi, il est possible d’étudier la mobilité interprovinciale au cours de chaque période intercensitaire.

En 2006, comme en 2001, le Québec était la province présentant la plus faible proportion de sa population ayant migré depuis une autre province dans le lustre précédent le recensement : 1 % des habitants du Québec en 2006 résidaient dans une autre province lors du Recensement de 2001. L’Ontario suit avec une proportion de 1,5 % de sa population ayant migré d’une autre province, ce qui en fait la seule autre province sous la moyenne nationale (qui s’établit à 2,7 %). Dans les autres provinces, cette proportion varie entre 3,2 % (au Manitoba) et 7,0 % (en Alberta). La proportion de migrants interprovinciaux est nettement plus élevée dans les territoires, où elle est de 12,1 % au Yukon, de 15,5 % dans les Territoires du Nord-Ouest et de 8,3 % au Nunavut.

Toutefois, une proportion importante de migrants interprovinciaux ne signifie pas nécessairement un solde migratoire positif. Par exemple, malgré les plus fortes proportions de migrants interprovinciaux au Canada, les territoires affichent tous trois un solde migratoire légèrement négatif entre 2001 et 2006. Seules trois provinces présentent un solde migratoire positif, ayant accueilli davantage de personnes en provenance des autres provinces que le nombre de personnes ayant quitté pour d’autres provinces : l’Alberta en tête de liste avec un gain net de 88 200 personnes dans ses échanges migratoires avec les autres provinces, comparativement à un gain net de 22 100 personnes pour la Colombie-Britannique et de 600 personnes pour l’Île-du-Prince-Édouard. À l’opposé, l’Ontario, la Saskatchewan et le Manitoba présentent les pertes migratoires nettes les plus importantes, respectivement de 27 000, 25 400 et 20 700 personnes.

Graphique 6.1 Migration interprovinciale nette, provinces et territoires, 2001 à 2006

La langue est un facteur qu’il importe de prendre en considération lorsqu’on étudie la tendance des Canadiens à migrer d’une province à l’autre, mais elle n’est pas nécessairement en cause dans toutes les migrations. Ce facteur est particulièrement important dans le cas du Québec 55 : une migration vers cette province est associée fréquemment à un établissement dans un milieu plus francophone et, inversement, une migration hors de cette province correspond souvent à un déplacement vers un milieu plus anglophone.

Entre 2001 et 2006, 73 600 personnes sont venues s’établir au Québec en provenance d’autres provinces, alors que 85 200 personnes ont quitté le Québec pour s’établir dans le reste du pays, pour un solde migratoire négatif de près de 11 600 personnes. Toutefois, au cours de cette période, les groupes linguistiques ont eu des comportements migratoires différents : alors que les francophones avaient tendance à migrer vers le Québec, les anglophones et les personnes de tierces langues maternelles 56 migraient davantage du Québec vers les autres provinces.

En effet, le solde migratoire interprovincial des francophones entre 2001 et 2006, avec un gain net de 5 000 personnes, est favorable au Québec, mais pas suffisamment pour compenser les pertes migratoires enregistrées chez les anglophones (perte nette de 8 000 personnes) et les personnes de tierce langue maternelle (perte nette de 8 700 personnes).

Graphique 6.2 Migration interprovinciale nette selon la langue maternelle (réponses uniques), Québec, 2006

Les migrants anglophones

Le nombre d’anglophones ayant quitté le Québec pour aller s’installer dans une autre province ou dans un territoire n’a pas cessé de diminuer depuis 1981. La migration des anglophones hors du Québec a atteint un sommet pendant la période de 1976 à 1981 : environ 130 000 d’entre eux ont quitté le Québec vers d’autres provinces, alors que seulement 25 000 gagnaient la province depuis le reste du pays, pour une perte nette de plus de 100 000 personnes dans la population anglophone. Depuis, le nombre de départs a diminué à chaque période intercensitaire, exception faite d’une légère hausse entre 1996 et 2001, pour atteindre 34 000 départs entre 2001 et 2006. Depuis 1976, le nombre d’anglophones venus s’installer au Québec en provenance des autres provinces et territoires a fluctué entre 24 000 et 32 000 personnes. Le solde migratoire des anglophones au Québec est négatif pour chacun des lustres observés, toutefois la perte migratoire enregistrée entre 2001 et 2006 est nettement moins importante que celle des lustres précédents.

Graphique 6.3 Migration interprovinciale des personnes de langue maternelle anglaise entre le Québec et les autres provinces et territoires, 1971 à 1976, 1976 à 1981, 1981 à 1986, 1986 à 1991, 1991 à 1996, 1996 à 2001 et 2001 à 2006

La destination préférée des anglophones qui ont quitté le Québec entre 2001 et 2006 est de loin l’Ontario, où vont s’établir 62 % d’entre eux. C’était aussi le cas entre 1996 et 2001 alors que 68 % des anglophones ayant quitté le Québec avaient choisi cette destination. Suivent la Colombie-Britannique et l’Alberta qui accueillent respectivement 13 % et 10 % des migrants anglophones en provenance du Québec. Il s’agit d’un renversement par rapport à 1996-2001, alors que l’Alberta (11 %) occupait la deuxième place devant la Colombie-Britannique (10 %). Entre 2001 et 2006, la Nouvelle-Écosse (4,4 %) et le Nouveau-Brunswick (3,6 %) ont été des destinations privilégiées par une proportion de migrants anglophones légèrement supérieure à ce qu’elles étaient entre 1996 et 2001 (respectivement 3,9 % et 2,4 %). Si les proportions ont peu varié, le nombre de migrants anglophones en provenance du Québec a connu une diminution pour chacune de ces provinces, particulièrement marquée en Ontario et en Alberta (diminution de 42 % dans les deux cas).

Graphique 6.4 Destination des anglophones ayant quitté le Québec pour une autre province ou un territoire, 2001 à 2006

Toutefois, la plupart des migrants anglophones ayant quitté le Québec entre 2001 et 2006 ne sont pas originaires du Québec. Plus de la moitié d’entre eux sont nés dans une autre province tandis que 13 % sont nés à l’extérieur du Canada. En fait, de tous les anglophones ayant quitté le Québec, à peine un tiers y sont nés 57. En tenant compte de la province de destination, on constate que plus du tiers (35 %) des migrants anglophones quittant le Québec retournent en fait dans leur province de naissance 58.

La principale province d’où proviennent les anglophones ayant migré au Québec entre 2001 et 2006 est l’Ontario (63 %). Suivent dans l’ordre la Colombie-Britannique (12 %), l’Alberta (8 %), la Nouvelle-Écosse (6 %) et le Nouveau-Brunswick (4 %). De plus, 22 % d’entre eux sont nés au Québec, ce qui signifie qu’ils retournent dans leur province de naissance après un séjour ailleurs au Canada.

Graphique 6.5 Provenance des anglophones ayant migré au Québec à partir d'une autre province d'un territoire, 2001 à 2006

Les migrants anglophones qui quittent le Québec pour s’installer ailleurs au pays sont plus jeunes et plus scolarisés que les anglophones qui restent au Québec. Les personnes âgées de 20 à 39 ans représentent 45 % des migrants, mais seulement 26 % des non-migrants. À l’inverse, les personnes âgées de 40 ans et plus représentent 52 % des non-migrants du Québec, comparativement à 35 % des migrants. Les migrants sont particulièrement surreprésentés dans les groupes d’âge de 25 à 29 ans et de 30 à 34 ans. De même, les migrants âgés de 25 à 34 ans ou plus ont obtenu un baccalauréat ou un diplôme universitaire supérieur au baccalauréat dans une proportion de 52 %, comparativement à 30 % des non-migrants du Québec.

Les anglophones qui migrent au Québec à partir des autres provinces et territoires sont aussi plus jeunes et plus scolarisés que les anglophones non migrants du Québec. La proportion d’entre eux âgés de 20 à 39 ans est de 57 % 59. À l’inverse, ils ne sont que 26 % à être âgés de 40 ans ou plus. De plus, ceux d’entre eux âgés de 25 à 34 ans ont obtenu un baccalauréat ou un diplôme universitaire supérieur au baccalauréat dans une proportion de 54 %, ce qui est plus du double des non-migrants de l’extérieur du Québec appartenant au même groupe d’âge (25 %).

Graphique 6.6 Âge (en 2006) des anglophones du Québec selon leur statut migratoire entre 2001 et 2006

Les anglophones ayant migré entre le Québec et les autres provinces et territoires entre 2001 et 2006, autant ceux ayant quitté le Québec que ceux venus s’y établir, utilisent pratiquement tous l’anglais au moins régulièrement à la maison et au travail. Toutefois, dans plusieurs cas, l’utilisation de l’anglais n’est pas exclusive. Les anglophones venus s’établir au Québec utilisent le français au moins régulièrement à la maison dans 24 % des cas, et au travail dans un cas sur deux. Dans l’autre moitié des cas toutefois l’anglais est l’unique langue de travail. L’utilisation du français est moins fréquente chez les anglophones ayant quitté le Québec 60, mais ce sont tout de même 13 % d’entre eux qui parlent le français au moins régulièrement à la maison et 23 % au travail. Ces proportions sont nettement supérieures à celles observées chez les anglophones de l’extérieur du Québec (voir les chapitres 3 et 4). Cela témoigne d’une certaine persistance de l’utilisation du français après un séjour au Québec. L’utilisation du français est plus répandue au Québec à la fois chez les anglophones nés au Québec et chez ceux qui s’y sont établis avant 2001 : 31 % d’entre eux parlent français au moins régulièrement à la maison et 71 % utilisent le français au travail.

Graphique 6.7 Utilisation de l'anglais à la maison et au travail par les anglophones, selon le statut migratoire (par rapport au Québec), 2001 à 2006

Graphique 6.8 Utilisation du français à la maison et au travail par les anglophones, selon le statut migratoire (par rapport au Québec), 2001 à 2006

À partir de ces seules données, il est impossible de savoir si ce sont les pratiques et compétences linguistiques qui influencent la migration ou si c’est la migration qui transforme les comportements linguistiques. Les anglophones quittent-ils le Québec parce qu’ils n’ont pas les compétences linguistiques pour y travailler ou au contraire sont-ils appelés à occuper des postes bilingues à l’extérieur du Québec grâce aux compétences linguistiques acquises dans cette province? S’établissent-ils au Québec grâce aux compétences linguistiques qui leur permettent d’occuper un emploi bilingue ou le font-ils justement pour acquérir une meilleure connaissance de la langue française? Sans apporter de réponses précises à ces questions, les données du Recensement de 2006 permettent à tout le moins de constater que la présence du français dans l’environnement social et professionnel favorise son utilisation tant à la maison qu’au travail chez les personnes de langue maternelle anglaise.

Les migrants francophones

Les données des recensements récents ne permettent pas de dégager de tendances claires en ce qui a trait à la migration des personnes de langue maternelle française entre le Québec et les autres provinces et territoires. Néanmoins, les francophones sont toujours moins nombreux que les anglophones à migrer hors du Québec à destination d’une autre province ou d’un territoire. Compte tenu du poids relatif des anglophones et des francophones au Québec, il est évident que les francophones sont beaucoup moins enclins que les anglophones à quitter le Québec pour s’établir ailleurs au Canada.

Le nombre de francophones ayant quitté le Québec a connu une tendance générale à la baisse depuis 1976, malgré une brève hausse entre 1996 et 2001. Les départs de francophones ont atteint un sommet entre 1976 et 1981 (environ 50 000 personnes) pour ensuite diminuer au cours des trois périodes intercensitaires suivantes, soit de 1981 à 1996, pour s’établir à 33 600 départs entre 1991 et 1996. Après une hausse entre 1996 et 2001 (près de 40 000 personnes), le nombre de départs a atteint son niveau le plus bas de la période observée (1971 à 2006) avec 31 000 francophones ayant quitté le Québec entre 2001 et 2006.

Depuis 1986, le nombre de francophones qui sont venus s’établir au Québec en provenance des autres provinces et territoires a compensé le nombre de départs. Durant cette période, le solde migratoire a été favorable au Québec dans toutes les périodes intercensitaires, sauf entre 1996 et 2001. Le nombre d’arrivées chez les francophones du Québec varie d’un lustre à l’autre sans respecter de tendance particulière, atteignant un sommet de 43 000 personnes entre 1986 et 1991. Deux lustres plus tard, soit entre 1996 et 2001, les arrivées atteignent leur niveau le plus bas de la période observée, soit 30 800 personnes, avant de remonter à 36 000 entre 2001 et 2006.

Graphique 6.9 Migration interprovinciale des personnes de langue maternelle française entre le Québec et les autres provinces et territoires, 1971 à 1976, 1976 à 1981, 1981 à 1986, 1986 à 1991, 1991 à 1996, 1996 à 2001 et 2001 à 2006

À l’instar des migrants anglophones, les francophones qui quittent le Québec pour une autre province s’établissent majoritairement en Ontario (55 %). Les autres destinations de prédilection sont l’Alberta (13 %), le Nouveau-Brunswick (13 %) et la Colombie-Britannique (11 %).

Graphique 6.10 Destination des francophones ayant quitté le Québec pour une autre province ou un territoire, 2001 à 2006

Les francophones ayant quitté le Québec entre 2001 et 2006 sont nés au Québec dans une proportion de 71 %, comparativement à 11 % d’entre eux nés en Ontario et 8 % au Nouveau-Brunswick.

Les provinces d’où proviennent principalement les francophones venus s’installer au Québec entre 2001 et 2006 sont les même que les provinces de destination de ceux ayant quitté le Québec à la même période. Il s’agit dans 55 % des cas de l’Ontario, 15 % le Nouveau-Brunswick, et 9 % pour la Colombie-Britannique et pour l’Alberta. Toutefois, pour plus de deux personnes venant s’établir au Québec sur trois, il s’agit d’un retour dans la province où ils sont nés. En effet, chez les francophones, 68 % de ces migrants sont nés au Québec.

Graphique 6.11 Provenance des francophones ayant migré au Québec à partir d'une autre province ou d'un territoire, 2001 à 2006

À l’instar de ce qui a été observé chez les anglophones, les migrants francophones sont plus jeunes et plus scolarisés que les non-migrants 61. Les francophones qui se sont établis au Québec en provenance d’une autre province ou d’un territoire sont âgés de 20 à 39 ans dans une proportion de 45 % alors que 38 % d’entre eux sont âgés de 40 ans ou plus. Les francophones qui ont quitté le Québec sont encore moins âgés : 53 % d’entre eux sont âgés de 20 à 39 ans et 29 % de 40 ans ou plus. Ces proportions sont inversées chez les francophones non migrants : ils sont âgés de 20 à 39 ans dans une proportion de 26 % et de 40 ans et plus dans une proportion de 56 %.

Graphique 6.12 Âge (en 2006) des francophones selon leur statut migratoire entre le Québec et les autres provinces et territoires, 2001 à 2006

Les migrants sont proportionnellement beaucoup plus nombreux que les non-migrants à détenir un baccalauréat ou un diplôme universitaire supérieur au baccalauréat. Les francophones de 25 à 34 ans ayant quitté le Québec sont 43 % à avoir atteint ce niveau de scolarité, comparativement à 37 % de ceux qui sont venus s’installer au Québec en provenance d’une autre province ou d’un territoire, et à 24 % des non-migrants.

L’utilisation du français à la maison et au travail est plus fréquente chez les francophones du Québec et, à l’inverse, l’usage de l’anglais est plus fréquent chez les francophones de l’extérieur du Québec, mais il semble que la durée du séjour soit un facteur à considérer. Ainsi, les francophones venus s’installer au Québec entre 2001 et 2006 parlent davantage le français à la maison (97 %) que ceux qui l’ont quitté (92 %), mais moins que les francophones non migrants du Québec (99,5 %). Il en va de même pour le français au travail, utilisé par 96 % des migrants entrants au Québec, par 75 % des migrants sortants et par 99 % des non-migrants du Québec. À l’extérieur du Québec, la proportion de francophones qui utilisent le français comme principale langue de travail, que ce soit uniquement (14 %), surtout (19 %) ou à égalité avec une autre langue (7 %), est pratiquement identique chez les migrants et les non-migrants. Toutefois, les migrants en provenance du Québec utilisent le français régulièrement au travail dans une proportion supérieure (35 %) à celle des non-migrants (29 %).

Graphique 6.13 Utilisation du français à la maison et au travail par les francophones selon le statut migratoire (par rapport au Québec), 2001 à 2006

Suivant la même logique, les francophones venus s’établir au Québec utilisent l’anglais à la maison (34 %) dans une proportion moindre que ceux qui ont quitté le Québec pour s’établir dans une autre province ou un territoire (51 %), et que les non-migrants de l’extérieur du Québec (64 %). Il en va de même pour l’anglais au travail : 66 % des migrants vers le Québec l’utilisent au moins régulièrement, comparativement à 75 % des migrants sortant du Québec et 86 % des non-migrants de l’extérieur du Québec. À titre comparatif, les francophones non migrants du Québec utilisent l’anglais à la maison dans une proportion de 6 % et au travail dans une proportion de 30 %.

Graphique 6.14 Utilisation de l'anglais à la maison et au travail par les francophones, selon le statut migratoire (par rapport au Québec), 2001 à 2006

Ainsi, l’utilisation de l’anglais à la maison et au travail par les francophones est favorisée par un séjour dans une province où cette langue est en situation majoritaire. Toutefois, pas plus que pour les anglophones n’est-il possible de savoir si c’est une pratique ou une compétence linguistique préalable qui favorise la migration ou si, au contraire, c’est la migration qui favorise l’acquisition d’une nouvelle compétence et l’exercice de nouveaux comportements dans l’autre langue officielle.

Les migrants de tierce langue maternelle

La migration des personnes de tierce langue maternelle entre le Québec et les autres provinces et territoires comporte des enjeux linguistiques dans la mesure où elle est liée aux compétences et aux pratiques linguistiques de ces dernières. De 1971 à 2006, le solde migratoire des personnes de tierce langue maternelle a toujours été négatif pour le Québec. Le nombre d’entre elles qui ont migré du Québec vers les autres provinces et territoires a varié d’une période intercensitaire à l’autre dans une tendance générale à la hausse jusqu’en 2001, avant de diminuer entre 2001 et 2006. À l’inverse, le nombre de celles qui sont venues s’installer au Québec en provenance des autres provinces et territoires a été plutôt stable depuis 1986, mais il a connu une hausse dans le dernier lustre.

Graphique 6.15 Migration interprovinciale des personnes de tierce langue maternelle entre le Québec et les autres provinces et territoires, 1971 à 1976, 1976 à 1981, 1981 à 1986, 1986 à 1991, 1991 à 1996, 1996 à 2001 et 2001 à 2006

Ici, la langue maternelle ne fournit aucune information sur la connaissance ou l’utilisation des langues officielles. En utilisant la variable dérivée première langue officielle parlée, on constate que les personnes de tierce langue maternelle qui se dirigent vers le français ont davantage tendance à vivre au Québec et à y rester. Les migrants de tierce langue maternelle, autant ceux qui viennent s’installer au Québec en provenance d’une autre province ou d’un territoire (migrants entrants) que ceux qui quittent le Québec pour s’établir ailleurs au Canada (migrants sortants), s’orientent majoritairement vers l’anglais (respectivement 62 % et 71 %), mais dans une mesure moindre que les non-migrants de l’extérieur du Québec (91 %).

Graphique 6.16 Première langue officielle parlée (PLOP) des personnes de tierce langue maternelle selon le statut migratoire entre le Québec et les autres provinces et territoires, 2001 à 2006

Comme c’est le cas pour les anglophones et les francophones, le fait d’habiter au Québec, de venir s’y établir ou d’y avoir séjourné est associé à une plus grande utilisation du français à la maison et au travail chez les personnes de tierce langue maternelle. De même, le fait d’habiter à l’extérieur du Québec est corollaire d’une plus grande utilisation de l’anglais au travail et à la maison.

Graphique 6.17 Utilisation de l'anglais à la maison et au travail chez les personnes de tierce langue maternelle, selon le statut migratoire entre le Québec et les autres provinces et territoires, 2001 à 2006

Graphique 6.18 Utilisation du français à la maison et au travail chez les personnes de tierce langue maternelle, selon le statut migratoire entre le Québec et les autres provinces et territoires, 2001 à 2006

Vue d’ensemble

Le nombre d’anglophones ayant quitté le Québec pour s’installer dans une autre province ou dans un territoire entre 2001 et 2006 était de 34 000 personnes, soit le plus faible effectif depuis 1971. Le solde migratoire des anglophones entre le Québec et le reste du Canada est négatif pour chaque période observée, mais les pertes migratoires sont de moins en moins importantes. À l’inverse, le solde migratoire des francophones entre le Québec et le Canada varie beaucoup. Depuis 1986, le solde migratoire des francophones est favorable au Québec.

De façon générale, on constate que les migrants sont plus jeunes et plus scolarisés que les non-migrants. Pour les francophones comme pour les anglophones, la présence de l’autre langue officielle dans l’environnement social et professionnel favorise son utilisation autant au travail qu’à la maison.

En ce qui a trait à la migration interprovinciale des personnes de tierces langues maternelles, on constate que les personnes de première langue officielle parlée française ont davantage tendance à vivre au Québec et à y rester. Les migrants entrants et les migrants sortants s’orientent davantage vers l’anglais. Le fait de vivre au Québec ou d’y avoir séjourné favorise toutefois l’utilisation du français au travail et à la maison.


Notes

  • 55 Les analyses présentées dans ce chapitre sont concentrées sur les mouvements migratoires entre le Québec et les autres provinces et territoires du Canada. Les données détaillées sur les migrants entrants et sortants selon la langue maternelle pour le Québec sont présentées en annexe (tableau A.5).
  • 56 Les personnes de langue maternelle autochtone ayant migré du Québec vers les autres provinces (200 personnes) sont très peu nombreuses, de même que celles ayant migré au Québec en provenance des autres provinces et territoires (300 personnes). C’est la raison pour laquelle elles ne sont pas distinguées des personnes de tierce langue maternelle (et sont regroupées dans cette catégorie).
  • 57 Dans les périodes intercensitaires précédentes, cette proportion était plus élevée et stable : 46 % entre 1986 et 1991, 47 % entre 1991 et 1996, 46 % entre 1996 et 2001. Cela permet d’apprécier la baisse importante du nombre d’anglophones nés au Québec migrant à l’extérieur de leur province d’origine : de 24 800 migrants entre 1986 et 1991, 23 800 migrants entre 1991 et 1996 et 24 400 migrants entre 1996 et 2001, ils ne sont que 11 600 à quitter le Québec entre 2001 et 2006.
  • 58 Cette proportion était plutôt de 1 sur 4 dans les lustres précédents : 25 % entre 1986 et 1991, 24 % entre 1991 et 1996, 27 % entre 1996 et 2001.
  • 59 Il est possible qu’une fraction notable d’entre eux gagnent le Québec pour y terminer des études universitaires.
  • 60 Ils ont sans doute moins l’occasion de l’utiliser.
  • 61 Le terme « non-migrants » désigne ici les francophones qui n’ont pas effectué de migration entre le Québec et une autre province ou un territoire. Les non-migrants de l’extérieur du Québec peuvent toutefois avoir effectué une migration entre deux provinces autres que le Québec. Les francophones non migrants vivant au Québec présentent des caractéristiques similaires à celles des francophones des autres provinces et territoires en ce qui a trait à l’âge et à la scolarité. Il existe de légères différences – par exemple les francophones de l’extérieur du Québec sont notamment un peu plus âgés que ceux du Québec – mais elles sont beaucoup moins importantes que celles entre les migrants et les non-migrants. Ainsi, dans cette section, les non-migrants ne sont pas distingués selon leur lieu de résidence et les statistiques présentées concernent autant les résidents du Québec que ceux des autres provinces et territoires.

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