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4 Les activités découlant de la diffusion et de la distribution de livres

4.1 Qui sont les diffuseurs et les distributeurs?

Il est difficile de déterminer avec certitude le nombre de diffuseurs et de distributeurs desservant le territoire du Québec et du Canada français, puisque ce nombre varie selon les sources, et que plusieurs entreprises dont la principale activité n'est ni la diffusion ni la distribution de livres figurent comme tel dans les répertoires.

Ainsi, l'Annuaire de l'édition au Québec et au Canada français 2007-2008 répertorie 49 entreprises canadiennes parmi les diffuseurs et distributeurs. On y retrouve une dizaine d'entreprises qui font plutôt de l'autodistribution, on y compte 6 distributeurs scolaires (qui font le plus souvent de l'autodistribution), trois ne diffusent ou distribuent que des éditeurs étrangers, et trois sont plutôt des librairies qui représentent des éditeurs étrangers sur le territoire canadien. Pour sa part, l'enquête mensuelle sur la vente de livres neufs menée par l'Observatoire de la culture et des communications du Québec repose sur les activités de 36 entreprises de distribution ; l'Observatoire distingue d'ailleurs les entreprises dont la distribution est la principale activité professionnelle de celles pour qui la distribution ne constitue qu'une activité complémentaire. Il en est de même pour l'État des lieux du livre et des bibliothèques, où l'on considère que ces 36 entreprises regroupaient plus de 99 % des ventes des diffuseurs et distributeurs en 2002.

Une autre mesure pertinente du nombre d'entreprises pour lesquelles la diffusion ou la distribution constitue une activité significative, excluant le secteur scolaire, est le membership de l'Association des diffuseurs exclusifs de langue française (ADELF), qui compte 23 membres, dont sept ne sont que diffuseurs, et un seul, la Socadis, n'est que distributeur. Les membres de l'ADELF regroupent 95 % des activités de distribution de langue française au Canada.

Enfin, la Banque de titres de langue française (BTLF), qui constitue la source la plus complète d'informations regroupant toutes les activités de production et de commercialisation des livres au Canada français (excluant évidemment Bibliothèque et Archives Canada et Bibliothèque et Archives nationales du Québec), compte 52 distributeurs francophones actifs sur le territoire canadien. Ce nombre inclut à la fois les distributeurs du secteur littéraire et ceux du secteur scolaire.

Les distributeurs sont par conséquent peu nombreux, et rares sont les nouveaux joueurs dans le secteur. D'ailleurs, au cours des récentes années, le nombre a même diminué, avec la fusion de deux grands distributeurs, ADP et Québec-Livres, et la fermeture récente de Distribution Univers.

Le secteur de la distribution de livres connaît également un niveau de concentration très important. Le tableau suivant montre le niveau de concentration dans le secteur de la distribution de livres de 2002-2003 à 2005-2006, à partir de la part des ventes des principaux distributeurs dans leurs ventes au réseau du détail, c'est-à-dire excluant les ventes qui ne passent pas par eux.

Tableau 2.     Part des principaux distributeurs dans les ventes de livres faites par les distributeurs, Québec, 2002-2003, 2004-2005 et 2005-2006
  2002-2003 2004-2005 2005-2006
3 principaux  distributeurs 66,9 % 66,4 % 79,7 %
5 principaux distributeurs 86,2 % 84,1 % 90,2 %
10 principaux distributeurs 96,3 % 94,5 % 97,1 %
Source :  Observatoire de la culture et des communications du Québec, Institut de la statistique du Québec, 2008.

On peut d'abord constater l'ampleur de la concentration chez les distributeurs de livres en 2005-2006, où les trois principaux distributeurs détiennent 79,7 % du marché, et où les 5 principaux en détiennent 90,2 %. Il ne reste alors que 9,8 % du marché pour les plus petits distributeurs dont le nombre est somme toute proportionnellement élevé. On remarquera une hausse importante de la concentration entre 2004-2005 et 2005-2006 qui s'explique principalement par la fusion de Québec-Livres et de ADP à la suite du rachat de Sogides (propriétaire de ADP) par Quebecor (propriétaire de Québec-Livres) en 2005. Par ailleurs, on ne sera pas étonné d'apprendre que dans les grandes surfaces, la concentration soit encore plus grande, compte tenu des moyens considérables qu'exige la distribution de livres dans ce segment du marché, un nombre important de distributeurs se ralliant à d'autres distributeurs plus importants pour le couvrir.

En comparant les taux de 2005-2006 avec ceux de 1998-19991, on constate qu'en sept ans, la concentration s'est accentuée de façon radicale, puisqu'il était alors de 49 % pour les trois principaux distributeurs pour l'ensemble du réseau, de 63 % pour les cinq principaux distributeurs et de 73 % pour les 10 principaux distributeurs, soit une augmentation de la part de marché des trois principaux distributeurs de plus de 30 points de pour cent.

Quant à la propriété étrangère des distributeurs de livres, alors qu'elle représentait environ 40 % des entreprises dans les années 1960, elle est aujourd'hui devenue marginale. Seuls deux grands distributeurs, la Socadis et Diffusion du livre Mirabel, sont de propriété étrangère. Leur part du marché, elle, l'est peut-être moins, si l'on considère que les deux entreprises figurent parmi les cinq principaux distributeurs de langue française au Canada. Rappelons enfin que tous les diffuseurs et distributeurs de langue française au Canada sont situés au Québec.

4.2 Les éditeurs distribués

La publication la plus récente du nombre d'éditeurs distribués au Québec et au Canada français date de 2003, et provient de l'Observatoire de la culture et des communications du Québec2.

Tableau 3.  Nombre d'éditeurs distribués par les distributeurs du Québec, 2002-2003
  Nombre %
Nombre d'éditeurs distribués 2 553 100,0
Nombre d'éditeurs québécois distribués 724 28,4
Nombre d'éditeurs canadiens distribués 42 1,6
Nombre d'éditeurs étrangers distribués 1 787 70,0
Source :  Enquête mensuelle sur la vente de livres neufs, Observatoire de la culture et des communications du Québec, Institut de la statistique du Québec, 2003.

On constate la relative importance du nombre d'éditeurs distribués sur le territoire québécois qui sont d'origine étrangère (1 787 éditeurs représentant 70 % des éditeurs distribués). Toutefois, comme nous le verrons plus loin en observant les activités liées à la mise en marché des nouveautés, ces données doivent être pondérées par le fait qu'un grand nombre de ces éditeurs, même s'ils sont distribués sur le territoire canadien, y ont des activités limitées : par conséquent, 70 % d'éditeurs étrangers ne représente pas pour autant 70 % de présence sur le marché québécois et canadien-français.

Par ailleurs, on pourrait s'étonner de compter 724 éditeurs québécois distribués. Il est important de considérer que de ce nombre, plusieurs éditeurs sont peu actifs ou ont même cessé leurs activités d'édition, mais leurs titres sont toujours distribués sur le marché de la vente au détail.

Les données provenant de l'Annuaire de l'édition au Québec et au Canada français 2007-2008 sont peut-être moins scientifiques que les données publiées par l'Observatoire de la culture et des communications du Québec, mais il demeure qu'elles nous informent sur les éditeurs qui sont distribués sur le territoire québécois et canadien-français. On y apprend par exemple que 577 éditeurs nationaux seraient distribués, et 1 744 éditeurs étrangers3.

La BTLF répertorie pour sa part 2 048 éditeurs canadiens de langue française inscrits dans la banque de données, parmi lesquels 1 9154 sont distribués, ce qui représente 93,5 % des éditeurs canadiens inscrits. Ce constat nous laisse croire à l'efficacité du secteur du livre de langue française au Canada à rendre accessibles sur le marché les livres de presque tous les éditeurs actifs. Quant aux éditeurs étrangers, la BTLF en répertorie 57 712, dont environ 2 2005 sont distribués sur le territoire canadien.

4.3 Les titres distribués

L'importance du nombre de titres distribués par les distributeurs canadiens-français permet d'entrevoir l'ampleur des besoins en termes d'entreposage et de gestion de stocks. Par définition, ce nombre continue d'augmenter d'année en année d'abord parce que la production annuelle de titres augmente, ensuite parce que le nombre de titres au catalogue augmente également en fonction de l'âge croissant des maisons d'édition.

Tableau 4. Nombre de titres distribués par les distributeurs du Québec selon la langue et l'origine des livres, 2002-2003
  Français Anglais Total
Nombre % selon langue % selon origine Nombre % selon langue % selon origine Nombre % selon origine
Titres québécois 55 611 98,1 19,1 1 057 1,9 3,1 56 668 17,4
Titres canadiens 971 22,2 0,3 3 401 77,8 9,9 4 372 1,3
Titres étrangers 234 205 88,7 80,5 29 825 11,3 87,0 264 030 81,2
Total 290 787 89,5 100,0 34 283 10,5 100,0 325 070 100,0
Source :  Enquête mensuelle sur la vente de livres neufs, Observatoire de la culture et des communications du Québec, Institut de la statistique du Québec, 2003.

Le Tableau 4 montre le nombre de titres distribués (disponibles auprès des distributeurs) par langue et selon l'origine des livres. On y constate encore l'importance du nombre de titres étrangers, qui représentent 81,2 % du nombre total de titres distribués. Pour la première fois, on distingue les titres canadiens de langue française de l'extérieur du Québec qui, au nombre de 971, représentent 1,72 % des titres nationaux de langue française. Ces titres sont majoritairement regroupés chez un même distributeur, Prologue. Il est également intéressant de constater qu'en 2002-2003, 3 401 titres canadiens de langue anglaise sont distribués par les distributeurs francophones québécois. Notons toutefois que ce nombre semble avoir entre-temps diminué compte tenu de la difficulté à travailler avec un secteur de vente au détail largement concentré dans une seule chaîne de librairies au Canada anglais.

La BTLF répertorie à ce jour 95 644 titres canadiens de langue française (ce qui inclut toutefois un certain nombre de titres épuisés), dont 85 390 sont distribués sur le territoire canadien6, ce qui représente 89,3 % des titres inscrits. Encore une fois, on constate qu'une part très importante des titres publiés sont en effet disponibles dans la chaîne d'approvisionnement, ce qui constitue un signe notable de la capacité des distributeurs canadiens-français à donner accès à une grande diversité de titres canadiens. Quant aux titres d'éditeurs étrangers, la BTLF en répertorie 1 073 942, dont 665 599 sont distribués sur le territoire canadien et 547 824 sont effectivement disponibles. Cette grande proportion de titres étrangers distribués sur le territoire canadien contraste avec la faible proportion d'éditeurs étrangers distribués (57 712 éditeurs étrangers répertoriés contre 2 200 distribués).

Le tableau qui suit présente le nombre d'exemplaires (plutôt que le nombre de titres) distribués par les distributeurs du Québec en 2002-2003, en distinguant la langue des titres et leur provenance. Il donne une idée un peu plus précise de l'ampleur du travail exigé de la part des distributeurs pour les titres nationaux et étrangers.

Tableau 5. Nombre d'exemplaires distribués par les distributeurs du Québec selon la langue et l'origine des livres, 2002-2003
  Français Anglais Total
Nombre % selon langue % selon origine Nombre % selon langue % selon origine Nombre % selon origine
Titres québécois 10 482 402 95,7 43,6 470 449 4,3 17,1 10 952 851 40,8
Titres canadiens 778 244 40,9 3,2 1 123 657 59,1 40,9 1 901 901 7,1
Titres étrangers 12 807 862 91,7 53,2 1 156 132 8,3 42,0 13 963 994 52,1
Total 24 068 507 89,7 100,0 2 750 238 10,3 100,0 26 818 745 100,0
Source :   Enquête mensuelle sur la vente de livres neufs, Observatoire de la culture et des communications du Québec, Institut de la statistique du Québec, 2003.

La répartition des activités des distributeurs en fonction du nombre d'exemplaires distribués plutôt que du nombre de titres donne un portrait quelque peu différent de l'effort nécessaire à la distribution des titres nationaux et étrangers. En effet, les titres étrangers qui représentaient plus tôt 81,2 % des titres disponibles ne représentent plus que 52,1 % des exemplaires distribués, les titres québécois représentant 40,8 % des exemplaires distribués. Les titres canadiens de langue française de l'extérieur du Québec passent pour leur part de 1,72 % des titres disponibles à 6,9 % des exemplaires canadiens de langue française distribués.

Tableau 6. Nombre moyen d'exemplaires par titre distribués par les distributeurs du Québec selon la langue et l'origine des livres, 2002-2003
  Français Anglais Tous titres confondus
Titres québécois 188,5 445,0 193,3
Titres canadiens 801,0 330,0 435,0
Titres étrangers 54,7 38,8 52,9
Tous titres confondus 82,8 80,2 82,5
Source :  D'après les données de l'Observatoire de la culture et des communications du Québec.

Par ailleurs, ce portrait permet de constater que pour les titres québécois de langue française, en 2002-2003, le nombre moyen d'exemplaires distribués par titre est de 188,5, alors qu'il n'est que de 54,7 pour les titres étrangers. Fait étonnant, le nombre moyen d'exemplaires de titres canadiens de langue française distribués est de 801. Pour bien comprendre cette situation, il serait nécessaire de vérifier les titres concernés compris dans ces 971 titres canadiens de langue française. Enfin, il est étonnant de constater que parmi les titres québécois, le nombre moyen d'exemplaires distribués par titre est nettement supérieur pour les titres de langue anglaise. Ce constat mérite par contre une réserve : compte tenu du mode de mise en marché au Canada anglais qui préconise des mises en place massives dans les chaînes de librairies, il se peut que ce haut ratio ne sous-tende aucunement un nombre important d'exemplaires vendus.

4.4 Les nouveautés mises en marché

Parmi les exemplaires distribués, un grand nombre concerne plutôt des réassorts, c'est-à-dire des commandes transmises par le détaillant sans droit de retour, et requièrent du distributeur un niveau d'effort moindre que pour une nouveauté. Une analyse des activités liées à la mise en marché des nouveautés donnera une meilleure idée de l'ampleur du travail effectué par les distributeurs. À cet effet, une étude d'envergure était récemment commandée par la Table de concertation interprofessionnelle du milieu du livre, sur la mise en marché des nouveautés, et un rapport tant volumineux que riche en informations et en analyses paraissait en novembre 20077. Précisons que les données qui ont servi à l'étude reposent sur les activités de mise en marché des nouveautés de 10 distributeurs québécois, dont les activités représentent environ 90 % du marché québécois, ventes en librairies et en grande diffusion confondues. L'étude a porté sur les titres mis à l'office entre le 1er février 2004 et le 31 janvier 2005, et le suivi de ces titres s'est échelonné sur une année supplémentaire de façon à tenir compte des retours et des réassorts pour chacun des titres concernés. Rappelons que les données sur les titres québécois incluent les titres canadiens de langue française.

Tableau 7. Nombre de nouveautés, répartition des ventes nettes des nouveautés par réseau et nombre moyen d'exemplaires vendus par titre, 2004-2005
  Nombre de titres – nouveautés Exemplaires vendus, réseau librairies Exemplaires vendus, réseau grande diffusion Exemplaires vendus, tous réseaux Nombre moyen d'exemplaires vendus par titre
Titres québécois 3 873 2 990 325 1 613 338 4 603 663 1 189
Titres étrangers 25 444 3 718 149 1 276 533 4 994 682 196
TOTAL 29 317 6 708 474 2 889 871 9 598 345 327
Source :   Tiré de Étude sur la mise en marché des nouveautés par le système de l'office au Québec, Table de concertation interprofessionnelle du milieu du  livre, 2007.

On peut d'abord constater à partir du Tableau 7 que le nombre de nouveautés mises en marché annuellement sur le territoire québécois est fort impressionnant. Chaque semaine, en moyenne, ce sont 564 nouveaux titres qui sont expédiés dans les réseaux de librairies et de grande diffusion au Québec. Ces titres représentent environ 10 % des titres disponibles sur le marché en 2002-2003 (voir Tableau 4 plus haut).

Le nombre de nouveautés québécoises est de 3 873, ce qui correspond à 13,21 % des 29 317 nouveautés. Il est intéressant de constater que par conséquent, la proportion de nouveautés de provenance étrangère comparativement aux titres québécois est plus grande que la proportion notée en 2002-2003 pour les titres distribués, soit 86,8 % contre 81,2 %. Toutefois, le nombre moyen d'exemplaires vendus présente une situation fort différente entre l'ensemble des titres en distribution en 2002-2003 et les nouveautés en 2004-2005. Ainsi, le nombre moyen d'exemplaires distribués pour les titres québécois en 2002-2003 est de 193,3, alors que le nombre moyen d'exemplaires vendus pour les nouveaux titres québécois en 2004-2005 est de 1 189. Cette différence marquée démontre jusqu'à quel point les revenus du secteur reposent en grande partie sur la vente de nouveautés. On peut également en déduire que le traitement des nouveautés accapare une majeure partie du travail effectué par les distributeurs. Par ailleurs, lorsqu'on compare le nombre moyen d'exemplaires vendus pour les titres québécois et étrangers, on constate qu'il se vend six fois plus d'exemplaires des titres québécois, ce qui laisse présager de l'efficacité des distributeurs canadiens à rendre disponibles les titres canadiens de langue française.

Toutefois, le niveau de risque et de rendement est très différent selon la catégorie de livres mis en marché ; par conséquent, le niveau de risque et d'effort du distributeur dans la gestion des mouvements de ces titres n'est pas le même. On sait que logiquement, les catégories de livres dont le nombre moyen d'exemplaires vendus est plus grand exigeront moins de manipulation de la part du distributeur, compte tenu du fait qu'il est moins exigeant de manipuler une pile de 20 exemplaires du même titre que 1 exemplaire de 20 titres différents, et que le taux de retour pour les titres qui se vendent mieux est habituellement moindre.

Tableau 8. Nombre moyen d'exemplaires vendus par catégorie, nouveautés, 2004-2005
  Titres québécois Titres étrangers Tous titres confondus
Œuvres d'imagination 883 269 344
Beaux-arts 512 61 76
Sciences humaines et sociales 872 104 210
Encyclopédies et dictionnaires 742 702 704
Livres scientifiques et techniques 2 115 58 402
Littérature jeunesse 1 286 200 367
Livres pratiques 1 726 170 371
Divers 1 072 134 266
Total 1 189 196 327
Source :  Tiré de Étude sur la mise en marché des nouveautés par le système de l'office au Québec, Table de concertation interprofessionnelle du milieu du  livre, 2007.

Le Tableau 8 présente le nombre moyen d'exemplaires vendus par catégorie de livres. Sans encore considérer le nombre d'exemplaires mis à l'office et le taux de retour par catégorie (qui seront traités plus loin), on peut déjà constater que certaines catégories – et deviner que certaines sous-catégories ou certains genres – exigent plus d'efforts que d'autres de la part des distributeurs. On constate par exemple que pour toutes les catégories, les titres étrangers connaissent des résultats beaucoup moindres que les titres québécois. Et pourtant, on se souvient que le nombre de titres étrangers est beaucoup plus grand que le nombre de titres québécois, et qu'ils exigent du diffuseur-distributeur le même travail d'entrée de données, de présentation aux détaillants, d'envoi auprès des détaillants, de gestion de stocks, etc.

Cette concentration des efforts des diffuseurs-distributeurs sur un grand nombre de titres qui se vendent le moins ressort même davantage lorsqu'on observe le nombre d'exemplaires vendus par fourchette de vente.

Tableau 9. Nombre moyen d'exemplaires mises à l'office par fourchette, titres québécois et étrangers confondus, 2004-2005
Nombre d'exemplaires
mis à l'office
Nombre
de titres
Taux de retour sur l'office – réseau librairies (sur # ex.) Taux de retour sur l'office et le réassort – réseau librairies (sur # ex.) Nombre moyen d'exemplaires vendus par titre
De 1 à 500 22 471 64,28 % 41,95 % 97
De 501 à 1 000 1 624 49,94 % 32,47 % 688
De 1 001 à 2 000 811 41,09 % 25,91 % 1 311
De 2 001 à 5 000 341 31,94 % 18,41 % 2 829
5 001 et plus 87 21,96 % 11,64 % 11 951
Total des titres 25 334 49,49 % 30,84 % 251
Source :   Étude sur la mise en marché des nouveautés par le système de l'office au Québec, Table de concertation interprofessionnelle du milieu du  livre, 2007.

On constate à l'analyse des données présentées jusqu'à quel point un très petit nombre de titres permettent la rentabilisation des activités nécessaires à la gestion d'une majorité des autres titres : 87 titres seulement ont été mis en marché à plus de 5 000 exemplaires, leur taux de retour est moins élevé que pour toutes les autres catégories, leur nombre moyen d'exemplaires vendus est de 11 951, soit quatre fois plus que la moyenne pour la catégorie des 2 001 à 5 000 exemplaires, et 123 fois plus que la moyenne pour la catégorie des 1 à 500 exemplaires.

À l'autre extrémité figurent les 22 471 titres qui ont été mis à l'office à moins de 500 exemplaires (ils représentent 88,7 % de l'ensemble des titres), leur taux de retour est plus élevé que pour toutes les autres catégories, et le nombre moyen d'exemplaires vendus n'est que de 97. Ce déséquilibre entre catégories laisse entrevoir la difficulté que rencontrent les diffuseurs-distributeurs qui doivent faire face à une augmentation des titres associée à une réduction des tirages.

L'étude nous apprend par ailleurs que 52 % des titres québécois ont été mis à l'office à moins de 500 exemplaires, alors que le ratio est de 94 % pour les titres étrangers. De même, sur les 22 471 titres mis à l'office à moins de 500 exemplaires, 20 724 sont des titres étrangers, soit 92,2 %. On peut considérer que plusieurs ne sont mis en circulation qu'à l'intention de réseaux d'acheteurs institutionnels ou spécialisés.

4.5 La répartition de la revente et de la vente finale de livres

Depuis l'année 2001, L'Observatoire de la culture et des communications du Québec recueille des données mensuelles sur les ventes finales de livres auprès de chacune des catégories de professionnels de la filière du livre, éditeurs, libraires, coopératives scolaires, distributeurs et autres. Au fil des années, cette cueillette s'est raffinée, et permet aujourd'hui de dégager un portrait juste et précis de la répartition des ventes finales de livres dans chacun des réseaux de vente au Québec.

Tableau 10. Ventes finales de livres selon la catégorie de points de vente, Québec, 2001-2007
  2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 Variation 01/07
K$ % K$ % K$ % K$ % K$ % K$ % K$ % %
Distri-buteurs 28 412 4,6 32 034 4,9 36 955 5,6 25 030 3,8 26 901 3,7 29 803 3,9 22 369 2,7 –21.3
Éditeurs 108 209 17,6 111 662 17,3 110 819 16,8 127 728 19,2 154 885 21,2 151 418 19,8 174 352 20,9 61,1
Librairies et coop 377 740 61,3 409 792 63,3 418 445 63,4 431 371 64,9 446 801 61,1 469 167 61,2 518 646 62,1 37,3
Grande diffusion 101 867 16,5 93 682 14,5 94 063 14,2 80 910 12,2 102 367 14,0 115 938 15,1 119 767 14,3 17,6
Ventes totales 616 229 100 647 170 100 660 282 100 665 039 100 730 954 100 766 327 100 835 135 100 35,5
Source : Observatoire de la culture et des communications du Québec, Institut de la statistique du Québec.

La démarche d'analyse développée par l'Observatoire de la culture et des communications du Québec permet de distinguer entre la vente finale et celle destinée à la revente. Ainsi, la vente d'un livre d'un distributeur à un libraire ne constitue pas une vente finale, puisque c'est le libraire qui effectuera la vente finale au client. La vente d'un livre d'un distributeur à une institution s'inscrit par contre dans la catégorie des ventes finales.

Ainsi, il n'est pas étonnant de constater d'un premier abord que la vente finale ne constitue qu'une mince part des revenus des distributeurs, puisque le principal travail du distributeur est de fournir le détaillant. Au Québec, sauf pour le manuel scolaire, les institutions publiques (écoles, bibliothèques et autres) ne sont pas en mesure de s'approvisionner directement chez le distributeur, ce qui limite grandement ses ventes finales. On constate néanmoins que de 2001 à 2007, la valeur nette des ventes finales des distributeurs a diminué de 21,3 %, alors quelle a augmenté de 61,1 % chez les éditeurs. Cette situation peut s'expliquer en partie par la vente directe des éditeurs dans certains secteurs, par l'Internet ou par promotion directe, et par l'augmentation des ventes de manuels scolaires8, qui constituent des ventes finales pour les éditeurs.

La vente de livres en grande diffusion (magasins de grande surface, clubs-entrepôts, magasins à rabais, pharmacies, boutiques spécialisées et autres) a pris depuis le début des années 1990 un essor considérable. La grande diffusion d'une part, et le réseau de librairies d'autre part, qui constituent les deux grands réseaux de revente pour les distributeurs, mènent une concurrence parfois agressive pour garder ou s'accaparer la vente de livres, plus particulièrement des titres les plus vendeurs qui constituent le créneau qui permet aux librairies d'atteindre une relative rentabilité.

On a longtemps craint que la grande diffusion, plus particulièrement les magasins à rabais (Club Price-Costco, Maxi, Wal-Mart), prenne une part de plus en plus grande du marché du livre et remplace les librairies, plus spécifiquement les librairies indépendantes. Or, la place que tiennent ces commerces semble demeurer stable, puisque leur part du marché de la vente finale n'a augmenté que de 17,6 % de 2001 à 2007, alors que celle de la librairie (incluant les coopératives scolaires) a augmenté de 37,3 %. En fait, on constate que les éditeurs et les librairies constituent les deux catégories qui ont profité de l'augmentation des ventes finales au cours des sept années étudiées.

Toutefois, si l'on veut mesurer l'ampleur des activités des distributeurs et quantifier le rôle de la distribution dans le marché du livre québécois, il est préférable de mesurer également la part des distributeurs sur le marché de la revente de livre, c'est-à-dire mesurer la part des livres qui transitent par le distributeur pour atteindre leur point de vente final.

Tableau 11.  Valeur des ventes du réseau de détail et ventes finales selon la catégorie de point de vente, Québec, 2001-2006
   2001 2002 2003 2004 2005 2006 Variation 01/06
K$ % K$ % K$ % K$ % K$ % K$ % %
Ventes du réseau de détail 479 607 77,8 503 474 77,8 512 508 77,6 512 281 77,0 549 168 75,1 585 106 76,4 22,0
Valeur des ventes des distributeurs 303 015 63,2 313 176 62,2 313 603 61,2 282 007 55.0 327 143 59,6 346 633 59,2 14,4
Valeur des ventes des éditeurs québécois et des fournisseurs étrangers 176 592 36,8 190 298 37,8 198 906 38,8 230 275 45,0 222 025 40,4 238 473 40,8 35,0
Ventes finales des distributeurs 28 412 4,6 32 034 4,9 36 955 5,6 25 030 3,8 26 901 3,7 29 803 3,9 4,9
Ventes finales des éditeurs 108 209 17,6 111 662 17,3 110 819 16,8 127 728 19,2 154 885 21,2 151 418 19,8 39,9
Ventes totales 616 229 100 647 170 100 660 282 100 665 039 100 730 954 100 766 327 100 24,4
Source :   Observatoire de la culture et des communications du Québec, Institut de la statistique du Québec.

On constate que même si les ventes des distributeurs au réseau de détail (soit la revente) ont augmenté de 14,4 % de 2001 à 2006, cette croissance est nettement plus lente que celle qu'ont connue les éditeurs québécois et fournisseurs étrangers (35,0 %) ou encore le réseau de détail dans son ensemble (22,0 %). Combinées avec la réduction de la part de ventes finales des distributeurs, ces données laissent entrevoir un recul du poids économique et du rôle stratégique du distributeur dans la chaîne du livre au Québec9.

Tableau 12. Valeur des ventes de livres qui ont transité par les distributeurs québécois, 2001-2006
  2001
K$
2002
K$
2003
K$
2004
K$
2005
K$
2006
K$
Variation 01/06
%
Valeur des ventes des distributeurs au réseau de détail 303 015 313 176 313 603 282 007 327 143 343 633 13,4
Ventes finales des distributeurs 28 412 32 034 36 955 25 030 26 901 29 803 4,9
Ventes totales distributeurs 331 427 345 210 350 558 307 037 354 044 373 436 12,7
Ventes totales 616 229 647 170 660 282 665 039 730 954 766 327 24,36
Part des ventes des distributeurs sur ventes totales (%) 53,78 53,34 53,09 46,17 48,44 48,73 –9,4
Source :   Tiré de Benoît Allaire, « Les distributeurs de livres au Québec : un chiffre d'affaires de 239 M$ en 2005-2006 », Observatoire de la culture et des communications du Québec, Institut de la statistique du Québec, Statistiques en bref, no 38, juin 08.

Si la part des distributeurs dans les ventes totales de livres au Québec est restée relativement stable de 2001 à 2003, soit dans les 53 %, elle est passée à 46,17 % en 2004, 48,44 % en 2005 et 48,73 % en 2006, ce qui représente un recul de 9,4 % entre 2001 et 2006. « Ces six années ne représentent pas une très longue période, mais suffisamment étendue pour permettre d'affirmer que ce repli des distributeurs […] n'est probablement pas un accident de parcours. Il semblerait que le rôle traditionnel de la distribution dans la chaîne du livre entre dans une phase de transformation10. »

Comme le diffuseur-distributeur joue un rôle prépondérant dans la mise en marché des nouveautés, et que les résultats des différentes catégories de détaillants de livres influencent grandement l'orientation de ses efforts et de ses activités, il est pertinent de jeter un regard spécifique sur les ventes nettes des nouveautés dans les deux principaux réseaux de vente, soit le réseau des librairies et le réseau de la grande diffusion.

Tableau 13.  Répartition des ventes nettes des nouveautés par réseau, 2004-2005
  Titres québécois Titres étrangers Tous titres confondus
# ex. % $ % # ex. % $ % # ex. % $ %
Réseau librairies 2 990 325 65,0 55 080 745 63,3 3 718 149 74,4 84 762 019 75,6 6 708 474 69,9 139 842 765 70,2
Réseau grande diffusion 1 613 338 35,0 31 996 604 36,7 1 276 533 25,6 27 351 299 24,4 2 889 871 30,1 59 347 902 29,8
Tous réseaux 4 603 663 100 87 077 349 100 4 994 682 100 112 113 318 100 9 598 345 100 199 190 667 100
Source :   Étude sur la mise en marché des nouveautés par le système de l'office au Québec, Table de concertation interprofessionnelle du milieu du  livre, 2007.

Le Tableau 13 permet de constater que pour les nouveautés, les ventes au détail dans le réseau de librairies représentent 70,2 % des ventes totales, tous titres confondus, et celles du réseau de grande diffusion en représentent 29,8 %. Par ailleurs, la différence entre les deux réseaux s'accentue pour la catégorie des nouveautés étrangères dont les ventes dans le réseau de librairies équivalent à 75,6 % du total des ventes de nouveautés étrangères (comparativement à 63,3 % pour les nouveautés québécoises), ce qui implique que seulement 24,4 % des ventes de nouveautés étrangères proviennent du réseau de grande diffusion, comparativement à 36,7 % pour les nouveautés québécoises. Toutefois, considérées sous un autre angle, les ventes de nouveautés étrangères représentent 46,1 % du total des ventes de nouveautés dans le réseau de grande diffusion, contre 53,9 % pour les nouveautés québécoises. L'écart entre les deux catégories de nouveautés est alors moins marqué.

Nous ne disposons pas de données sur la vente finale de nouveautés effectuée par les éditeurs ou par les distributeurs. Toutefois, en ne retenant du Tableau 10 que les ventes finales du réseau de librairies et du réseau de grande diffusion pour l'année 2005, on peut conclure que de ces ventes, 81,4 % sont effectuées dans le réseau de librairies et 18,6 % en grande diffusion. On constate donc, en comparant ces données avec celles liées aux ventes nettes des nouveautés par réseau, que les nouveautés se vendent dans une plus grande proportion en grande diffusion que pour le total des titres vendus.

Notes

1. Marc Ménard et Benoît Allaire, « La distribution de livres au Québec », dans État des lieux du livre et des bibliothèques, Observatoire de la culture et des communications du Québec, p. 142.

2. Idem, p. 134.

3. Notons que les maisons distribuées par la Socadis n'ont pas été répertoriées dans ce calcul afin d'éviter le double comptage des maisons qui sont inscrites chez un distributeur pour la vente en librairie et chez la Socadis pour la grande diffusion, et de celles qui sont inscrites à la fois chez leur diffuseur et chez la Socadis.

4. L'écart entre les 1 915 éditeurs canadiens de langue française répertoriés par la BTLF et les 724 éditeurs québécois répertoriés par l'OCCQ (Tableau 3) pourrait s'expliquer par le fait que, pour les besoins de la recherche de titres, la BTLF répertorie plusieurs très petits éditeurs (parfois autoéditeurs), de même que des éditeurs spécialisés et des institutions, qui ne sont pas répertoriés par l'OCCQ. La BTLF répertorie également des éditeurs qui ont cessé leurs opérations et même dont les titres ne sont plus disponibles.

5. On compte actuellement 1 847 éditeurs étrangers répertoriés, mais des démarches sont en cours avec un distributeur qui permettrait d'ajouter à ce montant entre 300 et 400 nouveaux éditeurs.

6. Si l'on exclut les titres épuisés et en arrêt de distribution, le nombre de titres canadiens effectivement disponibles chez les distributeurs canadiens-français est de 59 696.

7. Michel Lasalle et Renée Gélinas, Étude sur la mise en marché des nouveautés par le système de l'office au Québec, Table de concertation interprofessionnelle du milieu du  livre, 2007.

8. Benoît Allaire et Claude Fortier, Observatoire de la culture et des communications du Québec, « Hausse de 9 % des ventes de livres en 2007 », Statistiques en bref, no 39, juin 08, p. 5.

9. Benoît Allaire et Geneviève Bélanger, Observatoire de la culture et des communications du Québec, « Portrait des distributeurs et diffuseurs exclusifs de livres au Québec », Statistiques en bref, no 25, décembre 2006, p. 5.

10. Benoît Allaire, Observatoire de la culture et des communications du Québec, « Les distributeurs de livres au Québec : un chiffre d'affaires de 239 M$ en 2005-2006 », Statistiques en bref, no 38, juin 08, p. 5.

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